DOMAINE DE LA PSYCHOLOGIE
La définition cartésienne de l'âme ne s'applique qu à l'âme humaine, et, logiquement complétée par la théorie de l’automatisme des bêtes, elle dispense le psychologue de toute étude sur le principe immatériel qui anime les êtres autres que l’homme. Aux yeux de Fernel, au contraire, la définition aristotélique de l'âme, conçue comme cause de la vie, convient à toutes les âmes et à tous les vivants. Aussi, sa psychologie, plus restreinte que la nôtre quant à l'étude spéciale de l'intelligence humaine, est beaucoup plus compréhensive quant à l'étude générale de la vie à ses différents degrés. Son œuvre est vérilablement, dans sa partie philosophique, un essai de psychologle générale.
Par là, Fernel se rattache directement à Aristote el à Galien, tandis qu'il se distingue profondément des scolastiques !. Ceux-ci, préoccupés avant tout de la question des universaux, ont disserté pendant des siècles sur le principe, les conditions et les modes de l'être. Transportant dans l'étude des problèmes métaphysiques les procédés de la dialectique, ils ont substitué peu à peu « les « choses aux mots, les affirmations aux simples conjec- « tures, dans l'exposition des thèses logiques” ». Si Fernel a hérité d'eux quelques-unes de leurs habitudes d'esprit,
1. Si l’on veut bien apprécier le mérite de Fernel, et la nouveauté de son point de vue, il faut lui comparer son commentateur Riolan. Celuici est bien plus scolastique que Fernel, bien plus porté à abuser de l’argumentation, de la discussion de mots, de l'érudition. — L'utilité qu'il voit dans l'étude de l'âme est insignifiante. « Dum enim intellectus essen- « tiam et immortalitatem demonstrat, unumquemque ad virtulis el « scientiæ studium... incitat et inflammat » (Comment, p.45). Ce son L là des banalités d’épitre dédicatoire. En réalité, Fernel ne s’est jamais proposé d’exciter ses lecteurs à la vertu, ni de démontrer l’immortalité de l'âme. C’est avant tout un médecin, qui étudie l'âme parce qu'elle est la cause des faits vitaux.
2, Hauréau, Hist, de la philos. scolast., t. I, p. 32.