PARTIES ET FACULTÉS
espèces différentes d'âmes, tantôt facultés ou propriétés de l'âme !. En tous cas, quel que soit le nom qu'il leur donne, il déclare que leur multiplicité n’est pas inconciliable avec l'unité de l’âme dans chaque être, et il le démontre, comme Aristote, par une comparaison lirée des figures géométriques. Le triangle, dit-il, n’est pas formé par la juxtaposition d’autres figures plus simples, et l’on ne peut le diviser en deux parties en menant une ligne d'un angle à l’autre. Le quadrilatère contient en puissance le triangle, et le pentagone contient à la fois, en puissance, le triangle et le quadrilatère. On peut, en effet, les en extraire, en tirant les lignes convenables ; mais, tant que ces lignes ne sont pas tracées, le triangle et le quadrilatère n'existent que virtuellement dans le pentagone, et celui-ci est une figure simple. [Il en est de même de l'âme, à quelque degré de la série qu'on la considère. L'âme humaine, par exemple, est simple, et la vie nutritive et la sensibilité ne lui appartiennent pas comme éléments d’un composé ; elles y sont en puissance, non en acte. En un mot, ce sont des facultés de l'âme, cenen est pas la substance *.
Comme nous n’atteignons pas directement l'âme, elle ne nous est connue que par ses facultés. La psychologie est donc réduite à l'étude des facultés de l'âme, et 1l importe de définir ce qu'il faut entendre par là. « Une « faculté, dit Fernel, est une force que l’âme tire d’elle-
1. Cette synonymie, dont il n’est pas toujours aisé de saisir le vrai sens, a été adoptée par Riolan. I} faut, dit-il, distinguer les sortes d'âmes, les parties et les facultés. Les facultés peuvent disparaître, mais non les parties. Les facultés dépendent des organes: si l'on donnait au vieillard l'œil du jeune homme, il verrait comme lui.
2, (Tres animæ) «inter se sunt affectæ, ut posterior includat priorem » (Riol., Comm., p. 48).
« même, et qu'elle applique à l’accomplissement de ses « fonctions !. » Mais 1l distingue avec le plus grand soin la faculté et la substance même de l'âme.
La faculté, d'après lui, est innée à l’âme, elle est avec elle dans une union intime, mais elle n'est pas l’âme, quoiqu'on s y soit souvent trompé. L'âme est le principe dont les facultés ne sont que la manifestation extérieure. Il semble que Fernel ne se soit pas rendu un compte très exact de l’activité propre de l'âme, car toutes les comparaisons qu'il emploie pour éclaircir sa pensée se rapportent à des propriétés de corps matériels. Il dira, par exemple, qu'un fruit possède différentes qualités, odeur, couleur, aspect, mais que ces qualités ne sont pas le fruit lui-même; que l’aimant se tourne vers le nord et ature le fer, mais que l'attraction est autre chose que l'aimant; que l’aloès est purgatif, fortifiant, cicatrisant, mais que nul ne confond ces propriélés avec la substance *, [l n'a pas vu qu'on ne peut assimiler l’activité spontanée et consciente du moi aux qualités ou aux propriétés des corps, simples modifications passives. C'est là encore une conséquence de sa définiüon de l’âme conçue comme principe de vie. Étudier l'âme par ses propriélés vitales, c’est l’étudier par l'extérieur. C’est méconnaître que le moi se sent directement comme cause, et que, à la différence de la plante et de l'animal, l'homme est conscient de tous les faits psychologiques dont il est le sujet. L'importance du fait de conscience a complètement échappé à Fernel, et 1l devait en être ainsi, du moment qu'il acceptait sans réserve la définition d’Aris-
1. « Est enim facultas vis illa et potestas quam anima tanquam de « sinu suo promit, et ad munerum functiones profert » (Physiol., 1. 5, CR, D. 96)