Phiysiole, 15, ch, 1, p
tote. « Il faut le répéter hautement, écrit un philosophe « contemporain, toute l'erreur d’Aristote vient de ce «qu'il n’a pas assez vu, malgré les conseils de Platon, « que lâme n’est observable que par l'âme elle-même. « En attribuer l'étude à la physiologie, c'est la perdre. « Chercher à comprendre l'âme de l'homme en observant «les plantes et les animaux, c'est s'exposer aux plus « tristes mécomptes ! ». Les termes de cette condamnation sont sans doute excessifs, et la psychologie qui, « renfermée dans l'observation de la conscience, se sait « parfaitement indépendante et prétend n'avoir besoin « du secours de personne * », nous paraît exclusive et peu éclairée. Il n'en est pas moins vrai que les philosophes qui ne croient pouvoir arriver à l'âme que par l'intermédiaire du corps sont nécessairement conduits à substituer à la connaissance immédiate et intuitive de la conscience les procédés discursifs de l'induction el de l’analogie. De là des incertitudes, des chances d'erreurs, un caractère conjectural et abstrait d’autant plus frappant qu'il cherche à se dissimuler sous des raisonnements plus logiquement rigoureux.
Ces défauts, déjà graves dans Aristote, le sont devenus davantage avec Fernel. Celui-e1 est tout imbu des théories de Galien, dont on connaît le goût pour les divisions, les subdivisions, les distinctions de mots. Cette tendance, que l'influence de la scolastique n'a pas été pour affablr, est très marquée chez Fernel. Aussi, pour expliquer comment l'âme, qui est une substance simple, peut produire des effets multiples, 1l croit nécessaire d'introduire des intermédiaires, qui sont les facultés. Comme 1l ne
4. B. Saint-Hilaire, préface de la trad, du De anima, p. T5. Adi TDi D. 10).
fait pas appel au témoignage de la conscience, 1l eroit que ce nest pas l'âme qui agit directement, mais que ce sont des forces, distinctes d'elle-même, qu'elle met en jeu. Les phénomènes psychiques étant d’ailleurs susceptibles d’être répartis dans une classification, chaque groupe de faits devra être rapporté à une faculté spéciale. Et, Fernel y insiste encore, les facultés ne sont n1 la substance de l'âme, niles parties de l'âme !. Les arguments sur lesquels il appuie cette distinction sont plus propres que toute autre chose à en montrer l'inanité. Ce sont, entre autres, la génération spontanée, el les animaux qui, comme le muletet le léopard?) proviennent du croisement d'espèces différentes. Que prouvent des exemples semblables ? Que certaines facultés, dit-1l, peuvent disparaitre, alors que l'âme subsisie, et que, par conséquent, les facultés ne sont pas parties intégrantes de l’âme. I ne pousse pas plus loin son raisonnement, et ne songe pas à se demander ce que serait une âme à laquelle on retirerait par hypothèse ses facultés, ou même les plus importantes d’entre elles. Toujours dupe d’un vain désir de distinguer, 1l établit, comme choses essentiellement différentes, l'âme d'abord, sorte de principe abstrait, indirectement connu, et dont on conçoit vaguement le mode d'action et d'existence ; puis, les parties de l'âme, etenfin ses facultés ?, Il ne s'aperçoit pas que fragmenter ainsi la vie psychique, c’est en donner la plus fausse idée, en lui retirant son unité, et en conférant à des êtres de raison une existence toute factice et artificielle. Ce laborieux échafaudage s’écroulera lorsque les philosophes modernes,
LoPhysial.:L 5, ch àla fine
2. Encore les facultés n’agissent-elles pas directement sur les organes. Elles ont pour intermédiaires les esprits (naturels, vitaux, animaux), la chaleur et l'humide radical,
usant de l'introspection, auront appliqué à la science de l'âme les règles d'une observation méthodique. On comprendra alors que ce que nous appelons encore facultés de l'âme n'est que la manifestation sous des formes ditfférentes d’une force toujours essentiellement identique à elle-même, et que la distinction que nous faisons entre elles n’a pour but que d'en faciliter l'étude.
Il ne faut pas attendre de Fernel ces vues d’ensemble, et ce n’est pas pour lui qu'Occam a écrit qu'il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité. Si son point de vue est général, sa méthode est fragmentaire. Elle consiste à établir entre les phénomènes des différences et des ressemblances qui permettent de les distribuer en séries, et à admettre autant de facultés qu'il y à de séries distinctes. Si l'on prend garde que Fernel ne donne aucune règle pour limiter le nombre de ces séries, qu'il y a trois âmes, et que chacune d'elles a ses facultés propres, on aura par avance une idée de la complication qui va en résulter. Fernel n’en est nullement effrayé. et ne conçoll pas d'autre méthode : « Quoniam igitur facultates ex ope- « ribus internosci, et ex horum multitudine 1llarum «€ numerum animadverti proditum est : quot uniusCuJus- € que partis animæ facultates sunt, quot earum differen- « üiæ, nullo negotio potest recensert |. »
Il pose en principe qu'il n y à pas d'effet sans cause, et que la différence des effets implique la diversité des causes. Toutefois, il peut arriver que plusieurs causes concourent à la production d'un phénomène unique. Dans ce cas, l’une d'elles est prépondérante et les autres ne sont qu'accessoires. Elles sont nécessaires à la manifestation de l'effet, elles le modifient dans une cerlaine mesure, mais ce n est