LA CAUSALITÉ RÉSERVÉE A L'AME
parce qu'elles ne parlent pas. Malebranche s’est moqué spirituellement de ces explications ridicules au moyen desquelles les médecins de son temps dissimulaient leur ignorance. Il leur a demandé s'ils supposaient « un mou- « vement d'attraction et des facultés attractives pour expli- « quer d’où vient que Îles chariots suivent les chevaux « qui y sont attachés, et une faculté détersive dans Îles « brosses pour nettoyer les habits ! ». On a maintes fois signalé la puérilité et le pédantisme de cette méthode, dont les inconvénients sont de donner les apparences de la science à une vaine logomachie, de compliquer encore des questions déjà s1 délicates, et d'entraver toute recherche relative aux problèmes philosophiques, par l'illusion que l’on se crée de les avoir résolus. « On « n'avait aperçu nulle part, dit M. Hannequin, au cours « de l'énumération, les raisons des phénomènes : on « allait les chercher dans le domaine obscur de la sub- « stance et des entités scolastiques, en ramenant chacun « des faits spécifiques à des puissances bien définies de « l'âme ?. »
Tout cela est vrai, et l’on ne trouverait que trop, dans la doctrine des facultés que Fernel expose après Galien, de quoi jusüfier la condamnation portée par les psychologues contemporains. Il faut se souvenir toutefois qu'il a expressément réservé à l'âme la causalité efliciente, et qu'il n’a vu dans ses facultés que des instruments. En outre, il semble qu'il ait entrevu lui-même les faiblesses de sa théorie, car nulle part il n’a été moins affirmatif. TI] est très difficile de voir nettement quelle idée il se fait d’une faculté de l'âme et de son mode d'existence. Il ne
1. Malebranche, Rech. de la vérité, 1. 6, 2e partie, ch. 1v. 2. Hannequin, /ntrod. à l'étude de la psychol., p. 108.