‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 170 sur 345 · DÉFINITIONS DE LA FACULTÉ · texte numérisé non relu

DÉFINITIONS DE LA FACULTÉ

donne pas sur ce point de solution précise, ou plutôt il en donne plusieurs, entre lesquelles il est assez hésitant. Sur la conception même des facultés, et sur leur nombre, correspondant aux groupes de faits spécifiquement différents, 1] n’a jamais varié : « Toute cause qui produit des « effets différents a autant de facultés qu'elle produit « d'effets. » L'affirmation est catégorique. Mais qu'est-ce au Juste qu'une faculté ? Répondre que c’est « un pouvoir « que l’âme re d'elle-même ! », ou bien « un instru- « ment dont elle se sert pour remplir ses fonctions ? ». ou encore « un pouvoir d'agir », ou enfin « une cause «efficiente considérée non en soi, mais par rapportà tel « ou tel effet * », ce n’est pas éclaircir beaucoup la quesüon. Le nombre même des définitions prouve l'incertitude de la pensée. Lorsque l’on critique cette ancienne doctrine des facultés, on croit que tous les auteurs sans exception qui l'ont admise n’ont fait que réaliser des abstractions, assimiler de vaines entités à des substances. et parler des facultés comme d'êtres réels, sur la nature desquels ils n’avaient aucun doute. Le reproche est excessif en ce qui concerne Fernel. Dans sa Physiologie, où il prétendait seulement donner, sans discussions, un résumé fidèle des théories adoptées par les médecins dogmatiques, il s'est interdit (toute spéculation métaphysique. Mais, dans le De abdilis rerum caustis, il a posé le problème des facultés de l'âme, et la solution qu'il en propose est beaucoup moins réaliste qu'on ne pourrait le croire. L'ouvrage, comme on le sait, est écrit sous la forme d’un dialogue. Trois interlocuteurs y prennent part, et se

b.Physiol., 1, 5, eh..fr.

2e Id, bi, 3 Déabd/rer, cous,) 1,2, ch, pra

pressent vivement, chacun invoquant à l'appui de sa thèse Platon, Aristote et Galien. Qui a raison, qui a tort, d’après Fernel, c’est ce qu'il n’est pas toujours aisé de distinguer nettement, bien que le protagoniste, Eudoxe, soit évidemment chargé d'exprimer sa pensée. Mais que, dans le sujet qui nous occupe, cette pensée est obscure et enveloppée! Galien a cité les avis des philosophes antiques, il en a émis plusieurs pour son compte, et Fernel ne sait trop ni comment les concilier, ni lequel choisir. Aussi, un des personnages fait-il observer assez Judicieusement : « Tout ce que vous venez de dire m'a plus « étourdi qu'éclairé, et je ne sais pas encore ce que c'est « qu’une faculté. Expliquez-le moi d'une façon précise, el « dites-moi si une faculté diffère de son sujet !. »

Ainsi mis en demeure, Eudoxe donne enfin son opinion. « Aristote admet que le pouvoir d’agir est tantôt la « substance même de la cause efliciente, tantôt un prin- «eipe inhérent à la cause, et dont elle se sert pour agir : « appelez-le puissance, faculté, vertu ou force, peu « importe. Le premier de ces mots estrarement employé. « Les auteurs se servent du second fréquemment, lors- « qu'ils disent qu'une faculté est une puissance inhérente « à une chose, entendant par là qu'elle diffère de son « sujet. Elle réside en lui, mais si intimement et si pro- « fondément qu'on peut à peine l'en distinguer et l'en « séparer. En raison de cette union intime, on l'a appe- « lée propriété innée d’une chose. Thémistius l'a définie : « quelque chose que la substance tire d'elle-même. Ce « n’est pas une portion de la substance, mais quelque « chose d’intime et d’inné qui en émane. »

L'explication n’est peut-être pas encore très claure,

4, De abdit. rer. caus., 1.2; ch. v, p. 47à;

mas on y discerne déjà l'intention de distinguer la faculté de la substance, de voir dans la faculté une propriété, une qualité sans existence substantielle. Sur la demande de l’interlocuteur, cette distinction est bien précisée « La force, ou la faculté, est susceptible de diminution, « d'augmentation, et quelquefois d'empêchement. Il n’en «est pas ainsi de la substance. La preuve en est dans les «€ médicaments qu'on a trop longtemps conservés : ils « ont perdu toute efficacité, quoique leur forme et leur « substance soient intactes. Galien a déterminé les ordres « des facultés d’après leur degré d'énergie. En effet, les « facultés sont plus ou moins bien préparées à leurs fonc- « Uons, et s’en acquittent tantôt mieux, tantôt plus mal. « L'état d’une faculté capable de sa fonction, c’est la « vigueur ; le contraire, c’est la faiblesse. L'aimant frotté € d'ail est si affaibli, qu’il ne peut plus attirer la moindre « parcelle de fer, et pourtant n1 sa forme ni son tempé- « rament ne sont altérés. Sa force, ou sa faculté, passe € hors de lui lorsqu'il attire un morceau de fer, mais ni « sa forme ni sa substance ne sont sorties de leurs limites. « Vous voyez combien la faculté diffère de la cause effi- « ciente !, »

Voilà qui est formel. Les facultés de l’âme sont CoImparables aux propriétés des corps ; elles sont des qualités de la substance, elles ne sont par elles-mêmes ni causes ni substances. Que Fernel ait eu le tort d'introduire entre l'âme, cause première, et les phénomènes, ces intermédiaires inutiles, cela est certain. Mais il serait excessif de dire qu'il a réalisé et personnifié des abstractions, et qu’il a attribué l'existence substantielle et la causalité à des entités. Que ses devanciers, ses contemporains, ses suc-

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