FACULTÉS ET CAUSALITÉ
cesseurs l’aient fait souvent, que lui-même ne se soit
pas toujours exprimé avec la précision désirable, c’est
possible. Mais qu'on lise encore le passage suivant, el l’on verra que sa théorie n'est pas aussi déraisonnable que
celle des médecins de Molière.
« Philiatros. — Quoi donc! Voulez-vous blâmer les
« médecins qui disent tous les jours que la faculté d'attrac-
lion attire tout ce qu'il y a d’utile dans les aliments, que la faculté d'expulsion rejette les matières inuüles, que la faculté de coction prépare la digestion ? Ils citent chacune d’elles comme une cause efficiente, et en parlent comme d'autant de substances distinctes. En cela, 1ls paraissent suivre Averrhoès, qui dit que les facultés sont des âmes, et qu'on les appelle ainsi.
« Eudoxe.—Je ne me mets pas en peine de l'avis d’'Averrhoès. C’est trompés par l'analogie que beaucoup de gens affirment l'identité de la faculté et de la cause efficiente, et que, sans chercher plus loin, 1ls attribuent tout l'effet à la faculté. C'est ce que fait souvent Galien. « Comme l'essence de la faculté efficiente, dit-il, nous est inconnue, nous l’appelons faculté. » Ceux qui disent ainsi par habitude que ce sont les facultés qui agissent ne parlent pas avec assez de précision ni de propriété. Leur pensée n'en est pas moins claire, mais on supprimerait, en faisant la distinction, une grande cause d'erreurs el d'équivoques. S1 Lucas est habile à chanter, à peindre, à jouer de la cithare, c'est lui seul qui est cause de toutes ces opérations, puisque, seul, 1l en a les facultés. Et, quoiqu'une faculté ne puisse rien faire par elle-même, nous disons couramment que le cithariste joue, que le chanteur chante, que le peintre peint, quoique la substance et la cause première de l'effet produit ne soient ni le cithariste, nile