LA MÉTHODE PSYCHOLOGIQUE
sont les causes, les autres les effets. Les théories de Fernel servent ainsi de trait d'union entre les conceptions des philosophes grecs et celles de la psychologie contemporaine, qui associe constamment le fait psychique à une condiüon d'ordre vital. Il n’a pas formulé ses vues avec cette précision; mais 1l a montré que, à chaque faculté, correspond une fonction, en d’autres termes que la série des phénomènes psychologiques ne se déroule pas seule, dans le vide, mais qu'elle a dans une série parallèle de phénomènes organiques un accompagnement nécessaire.
Voilà, ce me semble, ce dont 1l faut tenir compte lorsque l’on reproche à Fernel la complication de sa théorie. Compliquée, elle l’est à l'excès, sans doute. Que d'intermédiaires entre la cause et l'effet! L'âme d’abord, cause première de tous les actes du corps; ses parties : (âme végétative, sensitive, intellectuelle) ; les facultés de chacune d'elles ; les instruments dont se servent ces facultés : (chaleur, humide radical, esprits); les fonctions; et en dernier lieu les phénomènes. Quand l'on réfléchit que ces derniers seuls sont accessibles à l'observation directe, et que tout le reste n’est établi que par le raisonnement, on ne peut s'empêcher de trouver que cet échafaudage est bien peu solide.
C'est que nous en jugeons avec nos idées modernes, habitués que nous sommes à la prudence méthodique de nos savants, qui n'avancent que pas à pas dans leurs inductions et leurs généralisations. Fernel agit tout autrement. [| ne connaît directement que les faits particuliers. Mais, loin d'en partir comme d'un fondement solide pour s'élever peu à peu aux lois, ce sont ces faits particuliers qu'il veut expliquer à priori. Si évidents qu'ils paraissent aux sens, 1ls n'ont pour lui de valeur scientifique que du moment où 1l aura rendu compte de leur raison d’être.