FERNEL ET LA SCIENCE CONTEMPORAINE
grand mérite. Il a compris que la vie mentale ne saurait être séparée de la vie organique, et que leurs manifestations se conditionnent mutuellement. Il a continué en cela, par-dessus les scolastiques et les Arabes, les grandes traditions scientifiques et philosophiques d'Aristote et de Galien. Et c’est en cela aussi qu'il se rapproche des positivistes et des psychologues de notre temps. Mais ce rapprochement n’est vrai que d'une façon oénérale. Entre nos savants actuels et lui subsistera toujours une différence radicale de méthode. Nos contemporains ont une tendance chaque jour plus marquée à raisonner moins el à expérimenter davantage, à déterminer par l'observation les rapports étroits qui unissent les faits psychiques à des états du système nerveux, sans se préoccuper de spéculations transcendantes sur leur principe commun. Fernel, au contraire, est un dogmatique dans toute la force du terme. Tout dérive à ses yeux d’une cause unique, sur la nature de laquelle 1l ne professe aucun doute. L'âme n'existe pas en fait à part du corps, elle n’en est pas sépaable chez le vivant, mais elle en est substantiellement distincte : c’est elle qui préside à sa formation, à sa conservation, à sa vie. Les psychologues modernes cherchent dans les modifications organiques non les causes, mais les conditions des faits de conscience; Fernel voit dans les fonctions du corps des effets de l'activité de l’âme. La différence est capitale, et, malgré des analogies qu'il faut signaler sans en exagérer l'importance, elle met un abîme entre sa conception de la psychologie et celle que nous en avons aujourd'hui.