‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 201 sur 345 · LA FORME ET LA PERFECTION · texte numérisé non relu

LA FORME ET LA PERFECTION

L'argumentation paraît probante, et Philiatros, qui

joue dans le dialogue le rôle d’un comparse assez effacé, n'y trouverait rien à objecter. Mais Eudoxe veille. Ne

voyez-vous pas, dit-il, qu'il y a là un sophisme, et que c’est une erreur d'identifier la forme et la perfection?

« Eud. — La forme et la perfection sont si différentes, qu'elles n'apparüennent pas au même genre. La perfection vient de la puissance, et arrive par degrés à l'état complet: la partie y précède le tout. La forme, au contraire, est imprimée tout d'un coup, sans que rien l'ait précédée. La perfection, comme la puissance, est naturellement passive; la forme est active, et principe de tout mouvement. L'une n’est qu'un accident, l’autre est une substance simple, comme nous l'avons déjà démontré, vous devez vous en souvenir.

« Ph. — Je m'en souviens comme de mon nom.

« Eud. — Comment done serait-il possible que, par un accroissement continu, la puissance arrivâl à l'état de forme parfaite, d'essence, suivant le terme grec, et devint substance, de qualité qu'elle était? Une qualité peul bien se changer en une autre qualité, ou une substance en une autre substance. Mais qu'une qualité puisse se transformer en substance, ou réciproquement, c'est ce que l'esprit ne saurait concevoir.

« Ph. — Cela est inconcevable en effet.

« Eud. — Et c'est pourtant ce que voudrat vous faire

croire cet habile homme de Brutus. Il vous traite comme ceux qui retirent la chaise au moment où l'on s’assied, et, quand ils vous voient par terre, se moquent de vous.

« Ph. — Je ne me laisserai pas faire aussi facilement, mais, une fois assis, je me tiendrai solidement.

« Br. — Qu'entends-je? Est-ce ainsi que vous défigu-

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