‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 204 sur 345 · LA PUISSANCE N’EST RIEN DE RÉEL · texte numérisé non relu

LA PUISSANCE N’EST RIEN DE RÉEL

pas d'efficacité propre ; 2° le semblable naît du semblable, et la forme, qui est substantielle, ne peut venir que d’une substance. Il ne reste plus qu’un parti à Brutus, cest de soutenir que la puissance est substance aussi bien que la forme !. Il s'engage intrépidement dans cette vole, sans s apercevoir que la logique impitoyable de son adversaire le conduit à une impasse. Celui-ci ne veut rien céder. Pour lui, 1l n’y a dans la semence absolument rien de l'âme à venir. L’impulsion communiquée par le père, ou, si l’on veut, la puissance, « n’a rien de com- « mun avec l’Âme, et ne saurait se changer en elle. Dans « la semence, 1l n'y a rien de l'âme, avant que l’âme « existe tout entière en acte. On ne peut donc pas dire « que la semence soit animée. S1 vous voulez ne pas être « dupe des mots, ce que nous appelons puissance n’est rien, « de même que ce qui peut être n’est pas encore, en acte. « La semence est ceci ou cela en puissance, mais elle n’est « rien en acte et en réalité. Ni le chêne n1 sa forme ne « sont dans le gland, ni l'oiseau n1 quoi que ce soit de sa « forme ne sont dans l’œuf. Ce n’est pas en effet par « adjonction de parties ou par accroissements insensibles « que la forme se produit. Elle s’imprime au sujet tout « entière à la fois, par une transformation brusque et « soudaine *?. »

Voilà donc en présence deux systèmes diamétralement opposés, et entre lesquels nulle conciliation n'est possible. Les deux adversaires argumentent à grand renfort de textes tirés de Platon, de Thémistus et d’Aristote. Brutus, qui est d’un naturel bouillant, prête même la

1. Ia essayé d’une échappatoire en prétendant que la puissance est intermédiaire entre les qualités et les substances. Eudoxe a montré sans peine l’absurdité de cette théorie.

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