‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 210 sur 345 · CONCLUSION SUR LA GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

CONCLUSION SUR LA GÉNÉRATION

« de même genre que lui, il ne le crée pas, 1l ne lui donne « pas la forme; 1l est seulement cause de ce concours, «€ qui unit la forme à la matière. C’est là ce qu'on appelle « être cause de l’engendré, et l’engendrer [ui-même. Mais C1l y a au-dessus du père un ouvrier plus puissant et «€ plus sublime, qui envoie la forme du dehors par une « sorte d'inspiration !. »

La génération des êtres vivants se produit donc dans des conditions analogues à la combinaison des corps inorganiques. Mais, tandis que dans ceux-ci l'union de la matière et de la forme résulte des lois aveugles et fatales qui régissent la matière et des forces intimes qui la travaillent, l’union de l'âme et du corps chez les vivants a pour condition préalable l’organisation du corps. Elle résulte d'une évolution dont Le principe est dû à l’activité déposée par le père dans la semence. Mais à cela se borne le rôle du père. L'organisation n’est pas la vie. La vie ne commence qu'au moment où, dans le corps convenablement préparé, l'âme s’introduit tout à coup, par une action divine. Comment s'exerce cette action, c’est ce que Fernel a essayé de montrer par des considérations mystiques où il tente de concilier les traditions antiques et les dogmes du christianisme. Cette partie de son œuvre est très confuse, et prête aux critiques que nous avons eu déjà l'occasion de formuler. Il serait sans intérêt de l'y suivre ?.

tDerabdit. rer. caus.,.lÆeb.vur, p.497.

2. Riolan a une tendance encore plus marquée que Fernel à se perdre dans les rêveries du mysticisme. En général, il adopte la théorie de Fernel sur la génération. Cependant les comparaisons qu'il emploie montrent quil inclinerait vers la théorie de Brutus, qui fait sortir l’âme de la semence par évolution. Mais il admet que le principe de cette évolution est le ciel. V. Comment. in lib. De abdit. rer. caus., p. 125.

220 LA FACULTÉ « ALTRIX »

Les autres facultés de l'âme végétative ne donnent pas leu à des questions aussi abstraites. Elles sont, pour ainsi dire, beaucoup plus engagées dans le corps; aussi n'est-il nécessaire de les étudier que pour donner un tableau complet de la vie psychologique d'après Fernel.

La faculté nutritive (altrix) est celle qui transforme les aliments dans la substance du corps, et qui préside à leur assimilation. Sa fonction est la nutrition, par laquelle sont réparées les pertes de l'organisme. EL voyez quelle stérile ingéniosité déploie l'ancienne médecine à faire sortir d’une définition générale toutes sortes de subdivisions : dans l'alimentation du corps, 1l peut se présenter trois cas : il peut y avoir gain, ou perte, où compensation exacte. Aussi faut-il que la faculté nutritive comprenne trois parties : la première a pour fonction d'accroître le corps, la seconde de le diminuer, la troisième de le maintenir dans son état normal. Le même désir de distinguer se manifeste dans les efforts que fait Fernel pour éviter d'identifier des facultés analogues. On pourrait, par exemple, confondre la faculté nutritive et la faculté procréatrice. Les aliments, en effet, ne sont pas assimilés en nature : ils doivent subir, avant d'être incorporés à l’organisme, des transformations profondes, ils doivent devenir ce qu'ils n'étaient pas. Or, ces changements de substance sont du domaine de l'immutatrix et de la procreatrix.

Comme on le pense bien, Fernel n'est pas à court d’'arguments contre une assimilation qui aurait pour objet de réduire le nombre des facultés. Lorsqu'un os où un nerf s’alimente, dit-il, il n’y a pas formation d'une substance nouvelle et indépendante; l'os et le nerf existaient déjà. En outre, la nutrition est le mouvement d'une matière antérieurement déterminée par une forme ; la procréation est le mouvement d'organisation qui prépare la matière

C'rEm ne

LA FACULTÉ & AUCTRIX » 00

à la réception de la forme. Il faut donc se garder de confondre les deux facultés !.

La faculté auctrix est également irréductble. Elle diffère essentiellement, par sa nature et par ses effets, de la faculté procréatrice. Pour qu'un corps s’accroisse naturellement, 1l faut qu'il ait déjà sa forme propre, et que cette forme ne soit altérée n1 en plus, n1 en moins. Si l’on exhausse une maison, 1l y a juxtaposition de parties nouvelles ; si l’on fait évaporer de l’eau, 1l y a changement d'état. Dans les deux cas la forme est modifiée et l’accreio n'est intervenue en rien. Ce qui n'était pas encore naît par la procrealio. Cela seul s'accroît par l’accretio, qui existait déjà avec sa forme définitive. L'accroissement d'un corps vivant ne saurait avoir lieu si la nutrition ne vient donner plus de force et de solidité à cet ensemble dont la masse augmente à mesure. Les deux facultés étant dans un rapport intime, on pourrait être porté à les confondre. On pourrait tout au moins penser, avec Avicenne, que l’accroissement est impossible si la quantité de substance assimilée par la nutrition n’est pas supérieure aux pertes de l'organisme.

Ce serait une opinion fausse, dit Fernel, et cela pour trois raisons, desquelles 1l ressort que non seulement l'accroissement et la nutrition ne sont pas identiques au fond, mais encore quil ny a pas toujours proportion exacte entre leurs effets. De ces trois raisons, à vrai dire, les deux premières ne prouvent pas grand'chose : les jeunes gens qui ont la fièvre s’alimentent peu, et pourtant ils grandissent ; la croissance ne se fait que peut à petit, et on aurait beau se suralimenter, on ne grandirait pas plus vite. Mais la troisième est vraiment typique,

kr Physiol., L.5,-€k,;1m,p. 99.

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