MÉCANISME DE LA SENSATION
les esprits parcourent les nerfs dans le sens centrifuge, et conduisent aux muscles les excitations qui les mettent en jeu et produisent les mouvements ".
La sensation est toute passive. Originairement, c'est une modification apportée par les objets aux organes. Fernel n’a nulle part distingué expressément la sensation de la perception ; mais il a bien indiqué que la sensation a ses degrés, qu'elle est d’abord vague et obscure, tant qu'elle n'est qu'une impression organique ; elle ne devient précise et déterminée que lorsque, par l'intermédiaire des nerfs, cette impression est parvenue au cerveau ?. Mais, quand on dit que les objets modifient les organes, il ne faut pas entendre par là que ces derniers perdent leurs qualités pour en acquérir de nouvelles. Les couleurs perçues par l'œil n'allèrent pas sa couleur propre, les saveurs douces n'adoucissent pas le palais. Aussi, sont-ce les images des objets que les esprits animaux impriment dans le cerveau, « comme un cachet d'or «imprime son empreinte sur la cire ». Or, les objets extérieurs, comme tout ce qui existe, sont constitués par une matière et une forme. Ces deux éléments se retrouvent dans la sensation : « L'organe du sens est comme la « matière, le sens lui-même est la forme *. » Chaque sens est done, en puissance, ce qu'il perçoit *, et la sen-
1. À ce point de vue, les fonctions des esprits animaux sont les mêmes que leur attribuait Descartes, et que, aujourd'hui encore, on attribue quelquefois à un prétendu fluide nerveux. Mais, ce qui caractérise les esprits de l’ancienne médecine, c'est que ce ne sont pas de simples agents physiologiques. Ce sont des intermédiaires entre l'âme et le corps, des substances immatérielles. Dans certains passages de Galien et de Fernel, on ne voit guère en quoi ils diffèrent de l’âme ellemême.
2 RUSIOl, E,16, CN. x, p. 191,
2 1bid.; 1. 6"ch: vi, p.106.
4, Ibid., p. 105.