‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 227 sur 345 · LA VUE · texte numérisé non relu

LA VUE

objets extérieurs, tant qu'ils ne sont pas perçus, n'existent qu'à l'état d’indétermination. À cette matière indéterminée chaque sens apporte sa forme particulière. De là vient que le même objet, perçu par des sens différents, ne nous apparaît pas comme identique. La sensation est vraiment, suivant la définition d'Aristote, l'acte commun du sensible et du sentant. Il y a donc lieu de considérer, pour chaque sens, sa matière et sa forme *.

Certains sens, comme le toucher et le goût, entrent directement en contact avec leurs objets; les autres ont besoin d'un milieu approprié, qui est l'ar ou l’eau.

L'organe essentiel de la vue est l'humeur vitrée de l'œil ; les autres parties ne servent qu à perfectionner et à compléter la vision. L'objet de la vue, ce sont les couleurs, dont aucun autre sens ne peut donner la notion. Entre l'organe de la vue et son objet s'interpose toujours un milieu intermédiaire, l’air, l'eau, ou les corps transparents. Mais il faut qu'ils soient éclairés, car la lumière est la condition essentielle de la vision. Il ne faut pas attendre d'idées exactes de la part de Fernel sur la lumière. Pour lui, elle n’est ni émise par les objets, ni émanée de l'œil. Dans le premier cas, nous devrions apercevoir les corps rapprochés avant ceux qui sont éloignés, et d'ail-

1. En d’autres termes, il faut distinguer le sens et la sensation. Comme le remarque Riolan, la plupart des animaux l'emportent sur nous par la finesse ou la portée de leurs sens; nous l’emportons sur eux par la sensation reconnue et interprétée :

« Nos aper auditu, linx visu, simia gustu « Vultur odoratu præcellit, aranea tactu.

« Vincuntur tamen a nobis quod objectorum differentias perfectius

« dijudicemus, in quo summa est sensus perfectio » (Riol., Comment.,

Page 1