LES SENS ET LES ÉLÉMENTS
Comme on le voit, les observations exactes abondent dans ces analyses. Malheureusement, Fernel ne s'en est pas contenté. Imbu de la théorie des éléments, il a voulu s’en servir pour expliquer la diversité des sens, non seulement au point de vue de leurs objets, mais encore au point de vue de la constitution de leurs organes. LFa trouvé ainsi que l'organe de la vue est aqueux et transparent, et que les liquides de l'œil viennent du cerveau, qui, de toutes les parties du corps, est une des plus humides et des plus froides. L'organe de l’ouïe tient de l'air, et celui de l’odorat du feu. (Les odeurs ne sont-elles pas des exhalaisons ignées, des fumées ?) L’organe du tact est rapporté à la terre. Et, comme il y a cinq sens et seulement quatre éléments, le goût n'a pas d'élément spécial : il participe à la fois de la terre et de l’eau. C'est à cette symétrie bizarre qu'aboutissent les études de Fernel sur la perception externe !.
À l'âme sensitive se rattachent, outre les cinq sens dits extérieurs, trois sens internes : le sens commun, qui
à nous, c’est la différence de température que le tact nous révèle. S'il n'y en a pas, le toucher ne perçoit rien. Si notre main a une température de 37 degrés, par exemple, nous ne sentirons rien en la plongeant dans de l’eau à 37°; l'impression de chaleur ou de froid sera d'autant plus vive que l'écart sera plus grand.
1. Cette symétrie est devenue classique dans l’ancienne médecine.
Elle plaît beaucoup à Riolan: « Sensorium (dicitur) vel aqueum, ut visus, « vel aerium, ut auditus, vel igneum, ut odoratus, vel terrestre, ut tactus : non quia elementis omnibus non sit temperatum, sed quia unum prædominatur, ut humorin gustu : quandoquidem sola humida « sapida, nec sine humore sapor gustatur : terra in tactu, quia soliditatem aliquam et consistentiam habere debent, quorum differentiæ contactu discernuntur » (Riol., Comment., p. 55). Ailleurs il réfléchit que Platon admet un cinquième élément, le ciel, et que, dans ce cas, la concordance est encore plus parfaite : au ciel correspond la vue, au feu l’odorat, à l’air l’ouïe, à l’eau le goût, à la terre le toucher (ibid.).