‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 232 sur 345 · LE SENS COMMUN · texte numérisé non relu

LE SENS COMMUN

ainsi dire, autant de compartiments quine communiquent pas entre eux. La vue peut discerner le blanc du noir, le tact peut discerner le chaud du froid; mais quel est le sens qui distinguera le blanc du doux? Il n’y en a aucun qui puisse percevoir ces deux qualités, et par conséquent les comparer. La condition indispensable de toute comparaison, c'est la présence, simultanée ou successive, des deux termes dans une même conscience. Puisque les hommes et même les animaux font une différence entre les impressions dues au toucher, à la vue, à l’odorat, et s’en montrent diversement affectés, il faut admettre l’existence d’un sens général. C'est le sens commun; c'est la sensibilité considérée dans son organe central. Il rend possibles à la fois la perception consciente des sensations, la reconnaissance de leurs caractères spécifiques et leur comparaison. « Hic ille (sensus communis) imaginum dis- « crimina constituit, ac de illis saum promit judieium ”. » En outre, c'est par le sens commun que nous avons la notion de l'identité du moi; c’est grâce à lui que nous pouvons dire 7e vois, j'entends. L'oeil voit, l'oreille entend, mais il ne se voit pas voir, elle ne s'entend pas entendre. L'identité du sujet sentant parmi la multiplicité des sensations est une notion due au sens commun.«Hie est « quo nos visu videre, et auditu audire cognoscimus *. » Le sens commun, dans la psychologie de Fernel, n’est autre chose que ce que les modernes appellent le sens intime, ou la conscience. Mais, au lieu dy voir la forme commune de tous les phénomènes psychiques, il en fait une faculté spéciale. Il ne pouvait guère en être autrement, étant donnée sa méthode. Il a complètement

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