INSUFFISANCE DE LA THÉORIE
I semblerait, à lire cette analyse, que Fernel a bien distingué la conservation des images et l'effort intellectuel qui les fait revivre. Il n’en est rien. Ne serait-ce pas se payer de mots que d'appeler activité cette réapparition des images, qui est purement fortuite? Les images sont dans le cerveau à l’état latent ; comment s’y conserventelles, c'est ce qu’il n’est pas aisé de voir. L'auteur ne l’indique que par une métaphore : elles y sont «comme des «richesses dans un trésor ». Il semble bien, quelque grossière que soil cette conception, qu'il s'agisse de traces effectivement imprimées dans le cerveau. Mais enfin, de façon ou d'autre, elles y sont enregistrées. On aurait le droit de nous représenter la mémoire comme une faculté active, si on nous montrait l'esprit opérant spontanément des recherches dans cette réserve, pour en ürer telle ou telle image dans tel ou tel but déterminé. Mais les choses ne se passent pas ainsi, suivant Fernel. Il n'y a aucune spontanéité dans la mémoire : ce sont les images elles-mêmes qui, en vertu de leur nature propre, ont une tendance à reparaître automatiquement : « Hæc «€ (memoria) fitmemorandi facultate concita stimulataque « ab imagine, quatenus imago est, et exemplar suum « refert !. » La mémoire se réduit en somme à une série incohérente de réminiscences fortuites.
Il serait superflu d’insister sur l'insuffisance de cette théorie. Du moment que Fernel admettait, en l’exagérant encore, l'opinion d’Aristole, qui rattache la mémoire à l'âme sensitive, la conséquence s’imposait *. Il se con-
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2. Aristote avait rapporté la mémoire au premier sensitif, parce qu'un grand nombre d'animaux la possèdent. Mais, s’il a fait des images les objets de la mémoire, il n’a pas méconnu qu'elle conserve et reproduit les pensées aussi bien que les sensations ; seulement, toute idée est