‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 238 sur 345 · PASSIVITÉ DE L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

PASSIVITÉ DE L'IMAGINATION

damnait à ne voir dans la mémoire qu'un réceptacle d'images sensibles, et à négliger totalement la conservaton et le rappel des notions abstraites. Il se trouvait conduit par la nécessité logique du raisonnement à remplacer par l’automatisme physiologique l’activité consciente et volontaire du moi.

L'imagination, que Fernel représente comme une faculté active, n’a pas davantage, dans sa théorie, de spontanéité véritable. Ses combinaisons paraissent accidentelles, capricieuses, et il semble que les images s’associent au hasard, ou en vertu d’aflinités mystérieuses. Au fond, Fernel professe une théorie assez analogue à celle des associationnistes modernes ! : il parle bien de la fantaisie comme d’une faculté réellement agissante : mais, si l’on va au fond des choses, sa pensée n’est pas douteuse. La combinaison des images, aussi bien

liée à une représentation. La théorie de la mémoire dans Aristote donne lieu à des difficultés. Mais il a, bien mieux que Fernel, distingué la mémoire passive et latente de l’acte de se souvenir. Surtout, il n’a pas méconnu, comme lui, l’activité de l'esprit : « Avoir une faculté heu- « reuse de réminiscence, c'est avoir dans l'esprit une force motrice « assez vigoureuse pour tirer de soi-même et des mouvements que l’on « a en soi le mouvement même que l’on cherche » (Chaignet, Psych. d'Arist., p. 458).

I faut remarquer une fois pour toutes que la psychologie d’Aristote, éparse dans plusieurs traités, est quelquefois assez flottante. On y trouve, sinon des contradictions, du moins des divergences, des opinions difficiles à concilier. Celle de Fernel, au contraire, résumée dans un seul livre, et d’ailleurs considérée surtout comme étude de la vie, est plus dogmatique. Il a été obligé de faire un choix entre les opinions d’Aristote ; les lacunes de sa théorie, ce qu’elle à d'artificiel apparaît

. mieux.

1. Il dirait volontiers que : « toutes les associations ont pour cause la « propriété que les images ont de renaître, et les images elles-mêmes « sont des sensations qui renaissent spontanément » (Taine, De l’Intell., 4; prit}

que leur conservation, dépend surtout de la nature de ces images. Mais, à la différence des philosophes modernes, il n'a pas essayé de déterminer les lois des associations et s’est contenté de formules vagues. Ses analyses manquent sur ce point de profondeur et de pré- C1s10n !,

Nous avons passé en revue les facultés essentielles qui se rapportent à l'âme sensitive. Il n’est peut-être pas inutile d'en résumer la théorie. Les images, émanées des objets extérieurs, sont recueillies par les organes des sens. Les esprits animaux les transmettent au sens commun qui les compare, et rend possible la perception externe. Si les impressions sont suffisamment profondes, les images sont conservées par la mémoire. Ces images sont la matière sur laquelle s’exercent les sens internes.

4. La théorie d’Aristote sur l'imagination est bien plus complète. En recherchant les lois des combinaisons, il a bien vu que l’esprit y intervient : « La fantaisie dépend de nous [#9 fuiv) et de notre volonté, et « l’on peut toujours s’en mettre les objets devant les yeux, comme font « ceux qui s'occupent de mnémotechnie, et qui ont recours à des « images » (De anima, 1. 3, ch. in). Plus loin, il l'appelle : « principe « de tant d'actes divers et de tant de modifications passives, source de « vérité et d'erreur pour qui la possède. »

Aristote n’accorde pas l'imagination à tous les animaux, et il admet des degrés parmi ceux qui en sont doués : «Il ne semble pas que l’imagi- « nation se rencontre partout où il y a sensibilité. La sensation est cer- « tainement chez tous les animaux ; mais quant à l'imagination, il est « douteux qu'elle leur appartienne à tous » (De anima, 1. 3, ch. 11).

D'ailleurs, Aristote reconnaît que : «Tantôt l'imagination est accom- « pagnée de raisonnement et de volonté, tantôt elle est purement sen- « sitive. Dans le premier cas, elle semble être une manière de penser, « et ne se rencontre que chez les êtres raisonnables. Dans le second, « elle est commune à tous les animaux, et se réduit à une sorte de sen- « sation affaiblie » (Waddington, Psychol. d’Arist., p. 97).

Riolan, pour qui l'imagination est une faculté active et dépendant de la volonté, va jusqu’à dire : « Imaginationis suæ et opinionis quisque « est dominus, non sensus » (Riol., Comment., p. 62).

La faculté qui les combine entre elles sans leur associer aucune perception actuelle est celle que Fernel nomme indifféremment fiction, fantaisie, imagination. Celle qui ne voit dans ces images que des représentations d'objets absents, perçus dans le passé, est la mémoire, ou le souvenir. Ces opérations sont connexes ; elles dépendent toutes du premier sensitif, dont le siège est le sensorium commune, c'est-à-dire le cerveau.

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