LES RÊVES
dans cet état de demi-sommeil que le dormeur entend au matin le chant des coqs et les aboiements des chiens. L'imagination suscite chez lui des perceptions hallucina- (oires, mais 1l ne les prend pas pour des réalités, parce que l’action du sens commun, qui compare et objective les sensations, n'est point tout à fait paralysée chez lui. Il a encore une sourde conscience de la somnolence où il est plongé, et n’a pas de songes, au vrai sens du mot. Dans l’état de veille, le sens commun est dans une sorte d'antagonisme avec l'imagination. S'il n empêche pas les images de se combiner entre elles pour produire des images nouvelles, il empêche du moins que ces combinasons ne soient confondues avec des perceptions réelles. L'homme éveillé n’identifie pas ce qu'il imagine et ce qu'il sent. Mais il arrive souvent que le sommeil est assez profond pour que la vis discernendi soit momentanément abolie, et pourtant assez léger pour que l'imagination demeure libre. Celle-ci se donne alors carrière. Délivrée de son régulateur habituel, elle présente à l'esprit du dormeur des apparitions de toutes sortes. rappelant ordinairement les objets perçus pendant la veille. Le dormeur, qui ne sait pas qu'il dort, les croit vraies. C’est cette illusion qui caractérise le rêve, et le distingue des combinaisons imaginatives : « Le songe est, proprement, une «€ image apparue pendant le sommeil, et regardée comme « véritable !. » Ces images sans objets ne sont d’ailleurs pas particulières au sommeil : on les retrouve dans les hallucinations dues au délire qui accompagne les fièvres intenses.
Quant à la variété infinie de ces hallucinations, elle résulte de causes toutes matérielles. [ci encore se retrouve
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ce caractère de passivité dont Fernel a marqué toutes les opérations de l'âme sensitive. Il n'a pas admis que les préoccupations de l'esprit pendant la veille pussent influer sur les rêves en dehors de toute action physiologique. Pour lui, les rêves ne sont que des successions déréglées d'images qui apparaissent soit en raison de leur pouvoir suggestif, soit en raison de la constitution du corps et de l'équilibre des humeurs el des esprits. Lorsque la santé est bonne, que les humeurs et les esprits sont proportonnés et pondérés, le sommeil est paisible, les rêves sont raisonnables, presque vraisemblables. Dans le cas contraire, le sommeil est agilé, troublé par d’affreux cauchemars et de monstrueuses visions. En un mot, il n y a pas plus de faculté spéciale pour le rêve qu'il n'y en a pour le sommeil. L'imagination agit avec d'autant plus de force pendant le sommeil que la perception ne fait plus obstacle 1 l'essor désordonné des images. L'état de veille est un état d'équilibre pendant lequel, toutes les facultés étant en acte, leur conflit réciproque met des bornes à la puissance de chacune. Dans le sommeil, au contraire, ou bien elles sont toutes paralysées, et c'est la vraie image de la mort, où bien l'imagination, seule éveillée, représente à elle seule toute l’activité mentale. Pour résumer toute la théorie dans une formule, c’est par le sens commun que l'animal dort et veille, c’est par l'imagination qu'il rêve.
Mais il y a dans l’homme, et même dans les animaux, autre chose que la vie organique, la sensibilité et les notions représentatives qui en viennent. Ils sont doués en outre d'apüitude à désirer et à se mouvoir. Ge sont là des facultés qu'on ne peut rattacher qu’à l'âme sensitive. Elles sont en effet Le privilège de tous les êtres qui sont capables de sensibilité, et si étroitement unies que celui qui possède l’une d'elles possède nécessairement l'autre. Aussi,