L'APPÉTIT RATIONNEL
Malheureusement, l'esprit de système ne perd pas longtemps ses’ droits dans la philosophie de Fernel, et voici la conclusion inattendue à laquelle aboutissent ses études sur les passions : « Les philosophes ont établi «€ qu'il existe trois sortes de biens : du corps, de la for- « tune, de l'âme ; tout appétit a pour objet un bien réel «€ où supposé. L’appétit qui vient du foie tend aux biens « du corps; celui qui réside dans le cœur tend aux biens « de la fortune; quant aux biens de l'âme, ils sont les «objets de la volonté, la reine des appétits, dont je par- « lerai bientôt !. »
La volonté est la reine des appétits. Fernel a répété plusieurs fois celte métaphore, qui n’est peut-être pas aussi claire qu'il le croyait. Faut-il entendre par là que la volonté n'est qu'un appétit supérieur, le plus puissant des appétits? Faut-1l entendre qu’elle se distingue des appétits, les soumet et les domine comme une souveraine qui commande à ses sujets? Fernel semble avoir adopté tour à tour chacune de ces deux acceptions, et il en résulte que sa théorie de la volonté est vague et équivoque. C’est encore une conséquence de la conception des trois âmes. La vie végétative, la sensibilité, la pensée sont à ses yeux des régions distinctes. La plante ne peut participer en rien aux facultés supérieures de l’animal, n1 celui-ci aux facultés supérieures de l'homme. L'une n’est soumise qu'à l'appétit naturel, l’autre qu’à l'appétit animal. I] faut done qu'il existe un troisième appétit réservé à l’homme ?. Ce sera l'appétit rationnel ou la volonté; et, comme l'âme humaine est essentiellement intelligente, la volonté sera