DEUX SORTES DE VOLONTÉ
volonté est une, il semble admettre entre les deux points de vue une divergence et même une opposition. « Si « quelque objet nous plaît et nous paraît agréable, nous « le recherchons parfois, comme font les animaux, par « le seul attrait du plaisir, sans délibération préalable. « C’est alors la volonté simple. Elle est vaincue souvent «€ par l’appéüt animal, si nous ne savons pas nous conte- «€ nir. Si au contraire nous trouvons dans la réflexion et «€ Ja comparaison des motifs de croire que cet objet est € mauvais pour nous, nous le fuyons et l’évitons, malgré « son apparence agréable !. »
Fernel paraît donc admettre deux sortes de volonté : l'une qui n’est qu'un désir d'ordre plus élevé, le désir instinctif du vrai bien, qui ne diffère des autres appétits que par la nature de son objet; c’est ce qu’il appelle « la «volonté simple »; l’autre, qui est éclairée, qui compare et qui choisit. Mais, même dans ce second cas, ce n'est pas la volonté libre qui se sait capable de prendre n'importe quel parti, même mauvais, en le sachant. « Je vois ce qui « serait bien et je fais le contraire », disait Ovide. Ces conflits de la passion et de la volonté, étudiés par tous les moralistes, n'existent pas pour Fernel. S'il y a conflit, ce n'est qu'entre une passion et une autre, tout au plus entre l'appétit animal et la forme inférieure de la volonté. Quant à la volonté véritable, elle est infaillible et IMpassible comme la raison dont elle n’est qu'un aspect. Comme
anima, 1.3, ch. vu et 1x). Aristote n'a pas non plus distingué toujours avec précision le désir et la volonté : « ...la colère, la volonté, la pas- « sion, l’appétit, ne sont que le désir sous des formes différentes, et la « volonté est un acte commun à l'intelligence et au désir » (Id., ébid.). Le fond de la pensée d’Aristote, c’est que la volonté, c’est ce qui délibère, +0 Boukeuruxdy (v. Chaignet, Psych. d'Ar., p. 434).