LE MOUVEMENT
l’un et fuir l’autre qu'il se meut, et qu'il s'arrête quand le résultat est obtenu. Les objets extérieurs agissent d’abord sur les sèns externes, puis, par leur intermédiaire, sur le sens intime. Là s'effectue la comparaison des données sensibles ; les objets sont perçus et représentés par l’imagination comme agréables ou nuisibles. Aussitôt, intervient l'appétit, qui excite chez l'animal le désir de s’en rapprocher ou de s'en éloigner !. L'appétit est donc la cause immédiate du mouvement. Mais entre les deux phénomènes, l’un tout intime, l’autre se manifestant à l'extérieur par des actes, se place toute une série d’intermédiaires. Le principe du mouvement, comme de toutes les fonctions qui dépendent de l'âme sensitive, est dans le cerveau. C'est de là que l’âme envoie les esprits dans les organes pour les sens externes, c’est là qu’elle agit elle-même directement pour les sens internes. Cette émission des esprits par le cerveau se fait au moyen d'un mouvement de systole et de diastole analogue à celui du cœur. Lorsque le cerveau se contracte, les esprits sont poussés des ventricules antérieurs dans les postérieurs. Lorsqu'il se dilate, il attire l’air et les esprits vitaux qui viennent du cœur par les carotides, pénètrent dans le plexus sacré et y sont transformés en esprits animaux. Les esprits sont donc dans une agitation continuelle ; 11 s'établit un courant qui va de la partie antérieure à la partie postérieure du cerveau; et Fernel imagine même toute une disposition anatomique, semblable à celle des valvules du cœur, pour empêcher que les esprits ne puissent circuler en sens inverse ?. Le quatrième ventri-
LPhysiol.65;ceh; 1%, p.109 2. Toute cette physiologie, que je ne fais que résumer rapidement, est longuement exposée (Physiol., 1.6, ch. xrrr),
21e PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT
cule est, par suite, toujours plein d’esprits ; au moindre changement, ceux-ci s’écoulent par le canal de la colonne vertébrale ; avec ce canal communique la cavité centrale des nerfs spinaux, que Fernel se représente comme des tubes creux, bien qu’à leur extrémité ils ne soient plus que des filaments pleins. On comprend dès lors quel est le mécanisme du mouvement. Sous l’impulsion de l'appéit ou de la volonté, les esprits partent du cerveau, s’'écoulent dans la moelle épinière, passent dans les nerfs, et, par leurs ramifications, arrivent dans les muscles. La fonction propre de ces derniers est de se contracter, el de mouvoir les parties osseuses du corps.
Le mouvement exige, en somme, l'intervention de plusieurs facteurs : l’âme sensitive d’abord, puis la faculté motrice, l'appétit, la volonté et enfin les esprits. Dans tout cela, à qui appartient la causalité véritable ? C'est ce qu'il n’est pas aisé de voir nettement. Tantôt Fernel déclare que c’est l'appétit seul qui pousse l'animal à se mouvoir !. Tantôt il associe la volonté à l'appétit; mais, dans ce cas, il fait remarquer que son action est presque toujours obscure et faible *, et 1l y revient à plusieurs reprises. T'antôt enfin, il établit l'existence d'une faculté spéciale, dépendant de l'âme sensitive, mais distincte de l'appétit et de la volonté, et produisant ses effets par l'intermédiaire des esprits *. C’est cette dernière théorie sur laquelle il a le plus insisté, et celle qui exprime sa véri-
{. « Quoniam vero una appelitio cuneta animantia ad movendum impel- «lit... » (Physiol., 1. 6, ch. xur, début).
2, « Est quandoque hoc voluntalis imperium promptum quidem et evi- « dens, sed plerumque obscurum usque adeo ac tenue, ut nos prorsum « fugiat » (Physiol., 1. 6, ch. x1xr).
: 3, « Ex quibus intelligi potest præcipuam motus causam ad spiritum « et facultatem potius quam ad appetitum pertinere » (Id., thid.),
LA FACULTÉ LOCOMOTRICÉ 273
table pensée : diminuer la part de la volonté dans le fait de la locomotion, au bénéfice d’une faculté spéciale !.
Aristote avait parfaitement mis en lumière les rapports du mouvement avec l'imagination, le désir, la volonté, la raison ?. Mais, au gré de Fernel, il n’a pas vu que la faculté locomotrice a des caractères spécifiques qui ne permettent de l'identifier à aucune autre. Elle a, d'après Fernel, une existence indépendante ; elle diffère à la fois de la perception sensible, de l'appétit et de la volonté. Les arguments qu'il donne pour le prouver ne sont pas sans valeur, et ont été en partie renouvelés par les partisans modernes de la faculté motrice. Ce sont d’abord des raisons tirées de l’inefficacité fréquente de la volonté : on voudrait souvent se mouvoir, on ne le peut pas, et, d'autre part, beaucoup de mouvements sont involontares *. Ce sont surtout les arguments physiologiques. Fernel n’en propose pas moins de cinq.
1° I est hors de doute, et l'expérience le prouve tous les Jours, que les organes et les nerfs du mouvement sont autres que ceux de la sensibilité. Une lésion quelconque peut abolir dans une région du corps le mouvement, la sensibilité restant intacte, et réciproquement ‘.
1. La démonstration est longuement faite (Physiol., 1.5, ch. 1x). Partout du reste, apparaît la préoccupation de restreindre l'influence de la volonté. Fernel admet qu’elle ne meut que dans des cas exceptionnels. Presque toujours, elle sert d’intermédiaire entre l'âme et la faculté motrice (v. Physiol., 1. 6, ch. xt, p. 157, au bas).
AN Are. (De àntma,.l..3;ch'ix).
3. Par exemple, on ne peut tourner les yeux de plusieurs côtés à la fois ; — le mouvement des paupières, la respiration pendant le sommeil sont involontaires, etc.
k. C'est Galien qui a démontré expérimentalement la différence des uerfs sensitifs et des nerfs moteurs. Mais il ignorait le rôle de la double racine des nerfs sur la partie antérieure et postérieure de la moelle,