LOCOMOTION ET SENSIBILITÉ
sensibilité au contraire est localisée dans la partie antérieure, origine des nerfs mous qui vont se ramifier dans tous les organes des sens.
Telles sont les raisons qui déterminent Fernel à affirmer l'indépendance de la faculté locomotrice. Mais 1l n'est pas moins frappé des rapports étroits qui l’unissent à la sensibilité. En fait, tout mouvement est lié à un désir. Aussi, la faculté motrice n'est-elle pas substantiellement différente de la sensibilité et fait-elle partie intégrante de l’âme sensitive. On voit la conséquence : le mouvement, soumis avant tout aux impulsions de lappéüt, est automatique ; la volonté n’y intervient qu’à peine !. Il y a là une lacune que Fernel ne pouvait éviter, étant donnée sa théorie des trois âmes, et c’est ce qui distingue son point de vue de celui des philosophes contemporains qui sont partisans comme lui d’une faculté motrice. Ceuxci n ont pas méconnu le caractère actif et spontané qu’elle revêt. « La faculté motrice, dit Garnier, c’est l'âme même « en tant qu'elle meut. L'âme meut sans avoir de poids, « sans se mouvoir et sans être mue (Arist., De anima, « 1.3, ch. x). Elle ne communique pas un mouvement « emprunté, elle meut spontanément et d'elle-même, elle « n’est pas un Instrument, mais une source ou un prin- « cipe de mouvement *. »
4. Le commentaire de Riolan rend bien à cet égard la pensée de Fernel. Le mouvement, dit-il, a deux causes. La cause finale, c’est l’objet désiré, ro opexrôy. La cause efficiente, c’est l'appétit animal, aveugle et instinctif qui, pour Riolan, se confond avec l'imagination. C’est elle qui détermine le mouvement fatalement, sans liberté : « Nam et si quidpiam, revera utile, jucundum aut honestum fuerit, nisi tamen illud esse tale animal opinetur, illud non appetit, neque persequitur. At si reipsa nec utile fuerit nec jucundum nec honestum, verum tale esse existimetur, appetitur tamen atque perquiritur » (Riol., Comment., p. 65).