LES LOCALISATIONS DE L'AME
« fibre : l'infinie diversité des faits de conscience se dis- « perse dans l’infinie diversité des mouvements céré- « braux ; — ou bien, avec Descartes, on recherche un « siège unique de toute l’âme ; — ou bien enfin, avec « Gall, on adopte un point de vue intermédiaire : on « localise simplement les facultés ! ». Les trois hypothèses, aussi indémontrables d’ailleurs l’une que l’autre, ont été soutenues tour à tour. Pour bien se représenter la position prise par Fernel dans le débat, 1l n'est pas inutile de résumer très brièvement leur histoire.
Les premiers philosophes grecs ne faisaient pas faute de se livrer à des spéculations transcendantes sur le siège et la nature de l'âme. Mais chez eux, de même que chez les auteurs de la Collection Hippocratique, la physiologie et la psychologie, trop pauvres encore d'observations exactes pour se constituer comme sciences distinctes, se confondent avec la philosophie générale. Empédocle et les autres cherchent le principe vital dans l’union ou la séparation des éléments primordiaux de l'univers ; 1ls assimilent l’âme à une substance de nature ignée ou éthérée. C'est encore l'opinion de Platon, qui ajoute à cette vue générale les imaginations de métaphysicien poèle exposées dans le Timée. Aristote paraît être le premier qui ait tenté de localiser d’une façon précise les facultés de l'âme dans une région déterminée du corps. Mais, quelque supérieure que fût sa méthode à celle de ses devanciers, lui aussi associait dans sa démonstration les raisons métaphysiques aux faits d'expérience. D'après lui, c'est le cœur qui est à la fois le centre vital, le centre moteur et le centre sensitif de l'animal ?. « Si dans les
1. Revue Philosophique, 1890, n° 2, p. 213. Compte rendu des Nouvelles œuvres inédites de Maine de Biran, publiées par M. Al. Bertrand. 2. Cf. Aristote, De generat. animal., 1. 2, ch. xr, et 1. 5, ch. 11.