DISSENTIMENTS CONJUGAUX
souciance d'un vrai savant, ne gagnait rien, mais encore 1l entamait la fortune de sa femme !. Son beau-père essaya d’abord de le ramener à de meilleurs sentiments: il linvitait à dîner, et lui faisait entre les mathématiques et la médecine un parallèle qui ne manque pas d’originalité.Les mathématiques ont du bon, lui disait-il en substance, à condition qu'on n’en abuse pas, surtout lorsqu'on a atteint un certain âge; mais 1] ne convient pas à un homme sérieux, et qui a de la famille, de s'y attarder, « comme celui qui s'endormirait nonchalamment sur les « rochers des Sirènes ». Excepté l'arithmétique et la géométrie, ellesne servent à rien. La médecine, au contraire. soit au point de vue de la dignité scientifique, soit au point de vue de l'utilité pratique, est certainement le plus excellent de tous les arts. ,
Cette facon de considérer l'étude des mathématiques comme un péché de jeunesse est assurément peu banale. Nous ne savons pas ce que Fernel pouvait bien répondre à ces ingénieuses comparaisons. Le fait est quelles ne faisaient aucune impression sur lui, et qu'il persistait dans ses recherches astronomiques. Son beau-père finit par se fâcher, sa femme versa des larmes, il y eut des scènes de ménage. De guerre lasse, Fernel céda : il renvoya ses élèves, congédia ses ouvriers, vendit sa bibliothèque scientifique et se défit des instruments qu'il avait fait construire à grands frais.
À parür de ce moment, c’est-à-dire vers la fin de 1535.
1. C'est sans doute à cette époque qu'il faut rapporter la phrase de Louis Dorléans qui scandalise si fort Goulin: « Fernel vivait inconnu à « Paris avec sa femme et ses enfants ; il n'était pas des plus accommo- « dés. Son beau-père, en portant les frais du ménage, se plaignait de « son peu de gain. » (Louis Dorléans, La plante humaine.) Cf, Goulin, ouvr, cité, p. 306.