‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 276 sur 345 · L'AME INTELLIGENTE · texte numérisé non relu

L'AME INTELLIGENTE

nelle et la connaissance sensible. Or, pour Fernel comme pour Aristote, ces deux modes de connaissance diffèrent non seulement en degré, mais en nature, et s opposent l'un à l’autre par chacun de leurs caractères l, Aussi déclare-t-il que l'intelligence n’a rien de commun avec le corps, qu'elle ne dépend en rien de lui, qu'elle n'est point affectée par ses qualités. « Elle est incorporelle, séparée, « insensible, immortelle et éternelle *. » Elle parücipe de Dieu, par qui elle a été mise en nous; elle est une émanation et un reflet de la divinité, elle est, en un mot, ce qu'il y a de divin en l'homme.

Un lecteur moderne, plus au courant des découvertes de la psycho-physiologie contemporaine que versé dans l'histoire des systèmes, éprouverait sans doute quelque surprise en présence d'une pareille définition. Accoutumé à voir nos savants et nos philosophes associer à une modification organique tout acte psychique, 1l s'élonnerait de cette assertion, que l'intelligence n'a besoin d’aueun organe corporel. Mais il faut bien se pénétrer de la distinction établie par Fernel entre les facultés de l'âme et leur principe. Quand :il parle d’une intelligence séparable, incorporelle, immortelle, il ne prend pas le mot intelligence dans le même sens que nous. Il ne songe pas aux fonctions ou aux opérations intellectuelles. Ce qu'il veut, dès le seuil de son étude des facultés qui sont spéciales à l’homme, c’est marquer en traits énergiques la

1. Fernel n’a pas montré avec autant de développements qu'Aristote, la différence de la connaissance sensible et de la connaissance rationnelle, C’est que cette opposition était, à ses yeux, un véritable dogme. Aristote, au contraire, voulant réfuter à la fois le matérialisme des anatomistes et l'idéalisme platonicien, avait étudié de la façon la plus pénétrante non seulement les différences de la sensation et de l'intelligence, mais aussi leurs rapports (v. surtout De anima, 1. 38).

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