SES ATTRIBUTS
différence qui distingue l’homme du reste de la nature. L'abîime qui les sépare ne sera Jamais assez profond à son gré. Et, à cet égard, bien que les théories de Fernel soient la reproduction presque littérale de celles d’'Aristote, l’on peut dire qu'il n’a pas su embrasser dans toute sa oTandeur la pensée du philosophe grec. Aristote concevait la nature universelle comme une série ininterrompue d’existences étroitement liées les unes aux autres par le rapport de la puissance à l'acte, et s'élevant, par un progrès continu, de la matière brute à la pensée pure. Mais entre Aristote et Fernel, 1l y a eu les commentateurs et les scolastiques, moins aptes à saisir d’un coup d'œil d'ensemble la doctrine du maître qu'à ürer les conséquences extrêmes de telle ou telle de ses théories. Ils en sont arrivés peu à peu à exagérer les différences qu'il avait établies, et à ne plus tenir compte des ressemblances qui leur servaient de correctif. Ils ont mis autant de soin à séparer les êtres et les choses en catégories distinctes qu Aristote en avait mis à les relier les uns aux autres dans une vaste synthèse.
Fernel a certainement subi leur influence. C’est pour cela que, après avoir montré, dans l'étude de la vie végétatve et de la vie sensitive, ce que l'homme à de commun avec les animaux, 1l insiste, avant d'exposer sa vie intellectuelle, sur les caractères qui le distinguent d'eux. Toute vie a son principe dans une âme, dont elle est la réalisaüon et l'acte. Le principe de la vie intellectuelle, c’est l'âme raisonnable. Or, si l'intelligence humaine a pour domaine les idées abstraites et universelles, si, grâce à la raison, l’homme conçoit l'infini, l'éternel et l'absolu, 1l est évident que le principe de l'intelligence et de la raison doit être incorporel, immatériel, immortel, qu'il doit se distinguer essentiellement et substantiellement de l’âme