‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 283 sur 345 · LE JUGEMENT · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT

quefois vrai, souvent faux. En tous cas, il n’a pas en luimême le criterium de sa vérité.

Au jugement comme aux autres opérations intellectuelles préside, d’après la théorie de Fernel, une faculté spéciale : c’est la « facullas judicandi» ou, comme disait l'ancienne logique, la judiciaire. Fernel l'appelle aussi « funclio discernendi! ». Mais 1l la distingue expressément de la faculté appelée d’un nom analogue «vis discer- « nendi » et attribuée à l'âme sensitive. Cette dernière est, comme on l'a vu déjà, une fonction du sens commun *. Elle se borne à distinguer les données sensibles les unes des autres, à effectuer leur comparaison, à percevoir les qualités des objets extérieurs, mais sans y rien ajouter. C'est une perception, non un jugement. Les opérations de l’âme intelligente sont beaucoup plus relevées, elles ont plus de spontanéité et d'activité. Grâce aux procédés que Fernel appelle l'induction et l'argumentation, l'esprit fait sortir de deux concepts rapprochés intentionnellement un concept nouveau qui n y était qu'imphcitement contenu. En un sens, 1l le crée vraiment. Par l'induction, l'intelligence s'élève du particulier à l’universel. Par l'argumentation, elle applique à des cas nouveaux les nolons universelles qu'elle à acquises. Elle dépasse ainsi le présent et le contingent, et accroît imfiniment la portée de la connaissance humaine. Si ces procédés sont appliqués à des principes universels, 1ls produisent la science; s'ils le sont à des cas plus particuliers, l'opinion en résulte. Mais, dans tous les cas, le jugement, opération intellectuelle, se distingue de la perception externe, fonction du sens commun, et lui est très supérieur.

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