LA RAISON PRATIQUE ET POÉTIQUÉ
el spéculative. Au-dessous de Ia faculté contemplative, de la raison théorétique, ne recherchant la science et la vérité que pour elles-mêmes, 1l y a place pour d’autres facultés. Celles-ci poursuivent avant tout lutilité, sans s'illusionner sur le caractère éphémère et changeant des intérêts humains. Elles ont pour but non la contemplaon, mais l’action. D'ailleurs, dans ce domaine de l’utle, il y a des degrés. Au plus haut, la raison pratique, principe de la morale, qui apprend à l’homme à vivre conformément au devoir. Au plus bas, la raison poélique, principe des arts qui rendent la vie plus commode et plus agréable. On reconnaît la classification qu'Aristote donnait des sciences, et que Fernel lui-même a exposée au début de son ouvrage !. C’est une division de l’intellgence non plus au point de vue de Îa diversité de ses opéralions, mais suivant les objets auxquels elle s'applique. Certes, cette division de l'intellect en raison spéculative, raison pratique el raison poétique, considérées séparément comme autant de facultés distinctes, ne répond à rien de réel, et tombe sous les justes critiques que l’on a faites à la théorie des facultés. Cette réserve faite, 1l est vrai que la classification d’Aristote, reproduite par Fernel, a du moins le mérite de résumer en trois mots, sans entrer dans un détail infini, les objets essentels de l'intelligence humaine : science, morale et art.
À ces facultés, Fernel ajoute la volonté. Comme nous l'avons déjà vu, 1l en avait parlé en étudiant les facultés de l’âme sensitive. Mais 1l ne s'agissait alors que d’une volonté aveugle et obscure, simple instinct animal. Ici. c'est la volonté libre, éclairée par l'intelligence. Fernel mérite certainement le reproche d'avoir méconnu le
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caractère essentiel de la volonté, et de ne pas lui avoir donné dans sa psychologie la place qu'il aurait fallu. Son étude de la volonté est des plus sommaires : elle consiste dans quelques lignes, placées à la fin de deux chapitres !. EL pourtant, elle est pénétrante et expressive dans sa brièveté. Fernel détermine très exactement, dans son analyse de l'acte volontaire, deux moments consécutifs
d'abord la conception des motifs ou des mobiles, leur comparaison, el le choix que fait entre eux l'intelligence ; puis la détermination et l'exécution. Il y a là, en germe, une idée de la volonté analogue à celle que s’en font les philosophes contemporains. Il aurait suffi à Fernel de développer sa théorie et de creuser son analyse pour mettre en lumière, comme l’a fait la psychologie moderne, d’une part les rapports étroits qui unissent la volonté à l'intelligence, d'autre part les caractères propres qui l'en distinguent. Malheureusement, 11 s'en est tenu aux vues d'Anislote, en les résumant encore, bien loin de songer à tirer les conséquences sur la voie desquelles 1l se trouvait. « La théorie de la volonté, dit M. Chaignet, est la plus « obscure, la plus incertaine des théories psychologiques « d’Aristote. On y rencontre des hésitations el des con- « tradictions que la science moderne n’a pas toutes réussi « à lever...Il définit la volonté « un désir raisonné, une « raison qui désire ». Ce n'est pas résoudre la question « de l'essence même dela volonté. Qu'est-elle en so1, raison « où désir? Si elle est une raison, comment peut-elle « hésiter, errer, varier ? Comment surtout peut-elle être « libre, puisque la raison obéit à des lois nécessaires, et « que le lien du principe et de la série des conséquences « logiques qu'il contient ne peut être n1 brisé, n1 sus-
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