‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 290 sur 345 · SA PASSIVITÉ · texte numérisé non relu

SA PASSIVITÉ

que sur des données abstraites. Ces données, étant sans malière, ne sauraient être conservées. Elles n'existent, à proprement parler, qu'en tant qu'elles sont pensées. Disparaissent-elles de la pensée, ne sont-elles plus en acte, elles ne sont plus rien, et lorsqu'elles se représentent de nouveau à l’esprit, ce n’est pas une réapparition, mais une vérilable création, due à l’activité de l'âme. L'âme, qui à conçu une première fois les idées en les abstrayant des images, renouvelle cette opération lorsque les mêmes images se présentent à elle. Mais, cette fois, le concept est reconnu comme ayant été antérieurement pensé, et la notion du passé s’y ajoute.

On voit de quel caractère de passivité Fernel a marqué les fonctions de la mémoire intellectuelle aussi bien que celles de la mémoire sensitive. Il parle bien de l'effort de l'âme !, de son activité, mais en réalité tout se passe en vertu d’un mécanisme automatique. De même que, pour la mémoire sensitive, la réviviscence des images a lieu grâce à leur pouvoir suggeslif, sans que la volonté intervienne, de même, pour la mémoire intellectuelle, les idées ne reparaissent qu'à l'occasion des images. Le souvenir intellectuel est ainsi conditionné par les impressions sensibles, et, en dernière analyse, la mémoire, même lorsqu'elle s'exerce sur des idées, dépend de la sensibilité. « L'esprit, ou l'intelligence, ne se souvient « pas par soi-même, mais par l'intermédiare et le « secours du premier sensitif. C’est en lui, dit Aristote, « que réside originairement et en soi la mémoire, et « non dans l'intelligence *. » Aussi, l'activité du moi est-

4. «..,Mentis contentione, animæ conatu actioneque » (Physiol., 1. 6, Che ibid. L0, oh. iv, p.100.

Page 1