‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 292 sur 345 · CONSÉQUENCES DE LA THÉORIE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE LA THÉORIE

reconnaissent les sensations qu'ils ont déjà éprouvées, mais comme si elles étaient actuellement présentes !. Ils n’ont pas plus le souvenir du passé que les fourmis et les abeilles n’ont la prévision de l'avenir lorsqu'elles accumulent leurs provisions pour l'hiver.

Il résulte de cette théorie des conséquences importantes au point de vue de l’immortalité de l'âme ; sur ce point, Fernel ne fait que reproduire les idées d’Aristote *. A la mort, le souvenir de tout ce que nous avons connu pendant la vie est aboli. Et 1l faut qu'il en soit ainsi, puisque la mémoire dépend du sens commun, qui, dépendant à son tour de l'organisme, périt avec lui. Privée des éléments qu'il lui fournit, l'âme immatérielle ne peut se souvenir de rien. Elle ne peut pas davantage penser n1 connaître, la connaissance impliquant le concours d'une forme et d’une matière. Aussi, tant qu’elle est unie au corps, l'âme intelligente ne saurait remplir ses fonctions que par la collaboration de l’intellect passif et de l’intellect actif. Mais lorsque la mort aura affranch1 ce dernier, il n'aura plus besoin, pour arriver à la vérité, des sens ni des procédés du raisonnement. Il sera acte pur, forme sans mélange de matière, existera éternellement, et contemplant directement la vérité universelle, comprendra toutes choses en se comprenant lui-même.

1. On voit à quels excès peut conduire l'esprit de système. Est-il possible qu’il y ait reconnaissance sans un souvenir plus ou moins précis ? On ne confondra jamais connaître et reconnaître. L'un est du présent, l’autre implique nécessairement l’idée du passé.

2, Cette question de l’immortalité de l'âme et de la séparation des deux intellects sera étudiée plus loin. V. ci-après, ch. x,

Page 1