LA VIE. D'APRÈS ARISTOTH
facultés, ne paraît admettre nulle part l'existence d'une faculté vitale distincte. Pour lui, nature, nutrition, vie, cest tout un !. Les trois expressions ne désignent qu'un seul et même ensemble de fonctions, qui doivent être attribuées à un principe unique, appelé indifféremment faculté naturelle, faculté nutritive ou faculté vitale. Il en donne des raisons nombreuses, et Fernel les rapporte avec d'autant plus de complaisance qu'il se propose de les réfuter ?. En voici le résumé. L'expérience prouve que partout où1l y a vie, il y a en même temps nutrition. Tout être vivant s'alimente ; vivre et se nourrir, c’est une seule et même chose. Il n'y a donc pas une faculté spéciale pour chacune des deux fonctions, mais le même principe qui préside à la nutrition de l'organisme préside également à sa vie. L'une et l’autre sont les effets d’une même cause.
Ce n'est pas tout. Le calorique inné, sans l’action duquel la coction et l'assimilation des aliments seraient impossibles, coexiste à toutes les manifestations de la vie. C'est grâce à lui que les êtres vivants naissent et se développent ; s'il vient à disparaître, la mort succède aussitôt à la vie. Cetle simultanéité constante de la chaleur et de la vie implique nécessairement identité de principe; 1l n y à pas là en effet de lien causal ; la chaleur ne produit pas la vie, mais elle est l'intermédiaire au moyen duquel agissent l’âme et ses facultés. Ce n'est pas ici le lieu de
4. C’est ainsi que Cuvier, reprenant les idées d’Aristote, ramène la vie à sa fonction essentielle, et la définit par la nutrition. Voir plus haut, p- 165, en note. l
2. Ces arguments, que Fernel indique comme tirés surtout du De motu et du De vita, expriment les idées essentielles qui dominent toute la biologie d’Aristote. On les retrouve dans des traités plus importants : De generat. animal., De partib, animal,
De LE COEUR, ORGANE CENTRAL,
disculer cette doctrine de la chaleur innée, héritage de l'antiquité sur lequel a vécu toute la physiologie jusqu'à la découverte de la circulation du sang. Ses inconséquences et sa complication sont évidentes. Ce qui importe seulement, c’est de constater qu’Aristote attribue à une faculté unique la vie, la nutrition et la chaleur naturelle. Partout où l’une des fonctions se manifeste, les autres apparaissent également.
C’est dans le cœur que la chaleur est le plus intense: c'est le cœur qui la produit, pour que de là elle se distribue, comme d'une source centrale, dans toutes les parües de l'organisme !. Par conséquent, s'il est prouvé que la nutrition, la chaleur et la vie ne sont que les effets d'une même cause, ou, comme dit Fernel, qu'elles doivent être rapportées à une même faculté, c'est dans le cœur qu'il faut chercher le siège de cette faculté, son organe premier et son origine. Le raisonnement y conduit, et d’ailleurs l'expérience le prouve, puisque, de tous les viscères, c'est le cœur qui vit le premier et qui meurt le dernier. Ajoutons qu'il est situé au milieu du corps, profondément caché, protégé de toutes parts. Toutes ces raisons permettent à Aristote d'affirmer que le cœur est l'organe essentiel de la chaleur, de la nutrition et de la vie. Il n’y a donc pas lieu de séparer en théorie ce qui est uni en fait, et d'admettre deux ou plusieurs facultés lorsqu'une suffit. Faculté vitale et faculté naturelle, ce sont deux noms pour une même chose,
4. Pour l'importance du rôle qu’Aristote attribue au cœur, v. plus haut, p. 278.
Les premiers philosophes avaient été naturellement conduits à associer l’idée de l'activité de l'âme à celle du feu. Aussi, dès Empédocle, plaçait-on le siège de l’âme dans le cœur, source de chaleur (cf. Galien, De dogm. Hippocr. et Plat., 1. 2). Cette opinion universellement admise a certainement influé sur la doctrine d’Aristote,