SON UNITÉ
une cause unique, à faire dépendre d’une même puissance de l'âme la nutrition, la chaleur animale, la sensibilité, le désir, le mouvement, faits dont l’ensemble indissoluble constitue la vie, et à localiser cette puissance dans un organe central, le cœur. Cette doctrine, qui s'opposait à celle de Platon, ne fut pas adoptée par Galien, et, comme on va le voir, elle n'est pas celle de Fernel. Celui-ci, qui ne perd jamais de vue les applications pratiques !, préfère à ce vaste essai de synthèse des analyses de détail. Mais il faut lui rendre cette justice que, avant de réfuter la théorie d'Aristote, 1l l’a exposée avec exactitude et ampleur. Loin de chercher à affablir la portée
1. C'est en effet au point de vue médical, différent du point de vue métaphysique, que la question est importante pour lui. En somme, elle revient à ceci : Aristote ne fait pas de différence entre la faculté vitale et la faculté naturelle. Galien admet au contraire l'existence de trois facultés : naturelle, animale et vitale. Cette divergence d'opinions vient de la différence des points de vue, comme l'explique très bien Riolan : « Causa tantæ dissensionis, mea quidem opinione, hæc fuit : Quod « Aristoteles, ut decebat Physicum, omnem animam, plantæ, belluæ, « hominis, divisit in vegetantem {seu naturalem), sentientem et ratio- « nalem : quæcumque autem vegetant vivunt, eoque principio vivunt « quo vegetant, hoc est quo nutriuntur, accrescunt, et sibi simile pro- « creant : non est ergo facultas vitalis distincta a naturali. » (C'est-à-dire en général, si l’on considère l’ensemble de tous les vivants ; c'est ce que Fernel reconnaît également quand il dit que, en général, l’opinion d'Aristote est irréfutable : « .., ut nullis argumentis, ut nulla disputa- « tione, quæ de universo sit genere, convelli labefactarique possit » (Physiol., L. 5, ch. xir, à la fin). — Mais dans l’homme, étudié spécialement par le médecin, il n’en est plus de même : « At Galenus, pro Medici « persona et officio, animam hominis duntaxat divisit : eujus tres sunt « facultates sedibus differentes, naturalis sita in jecore, vitalis in corde, « animalis in cerebro. Quamobrem jecur naturalium instrumentorum et « nutritionis, cor vitæ et vitalium, cerebrum animæ et animalium « principium esse concludit. Naturæ instrumenta sunt venæ et sanguis ; « Vilæ, arleriæ, spiritus, calor ; Animæ, nervi Lam motorii quam sen- « sorii, per quos anima de cerebro motus et sensus facultatem, vehiculo « spiritus animalis, transmittit » (Riol., Comment., p. 68).