‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 299 sur 345 · SON EXISTENCE INDÉPENDANTE · texte numérisé non relu

SON EXISTENCE INDÉPENDANTE

vements ; en effet, si elle en produisait chez l'homme, pourquoi n en produirait-elle pas aussi chez les végétaux, qui la possèdent comme lui? Ce n'est pas davantage la chaleur innée qui est cause du pouls ; en elle-même elle n'est qu'une qualité, et ne peut être cause efficiente d’un mouvement. Enfin, admettre avec Aristote que le pouls est dû à la nécessité d’une réfrigération, c’est reculer la difficulté, non la résoudre !. Car cette nécessité elle-même, à quoi est-elle due? Le pouls ne peut donc être attribué n1 à la faculté naturelle n1 à la faculté animale. S'il est vrai qu'il n’y ait pas de fait sans cause (ce qui est exact), et qu'il faille chercher la cause des phénomènes différents dans autant de facultés spéciales (ce qui est faux, mais ce dont Fernel ne doute pas), l’on est obligé d'admettre qu'il existe une faculté distincte des deux autres, qu'elle réside dans le cœur, et qu'elle produit son mouvement. C’est la faculté vitale, dont l'existence est ainsi parfaitement démontrée.

Les commentateurs d’Aristote, entre autres Averrhoës, n'ont pu se refuser à la reconnaître. Mais 1ls ont pris un moyen terme. [ls ont fait d'elle une sorte de sous-faculté,

1. Cette argumentalion paraîtra subtile à un lecteur moderne. Il ne faut pas cependant se laisser abuser par les mots. Si l’on remplace les mots faculté naturelle et faculté animale par leurs équivalents, âme végétative et âme sensitive, la discussion prend son importance. En tous cas, on appréciera la sobriété de Fernel si on lui compare les raisonnements de Riolan sur le même sujet. D'après ce dernier, il faut distinguer les mouvements attribués à l’âme et ceux attribués à la nature. Les premiers sont libres, les seconds définis. Aussi, la question est de savoir sile cœur est mû par l’âme ou par la nature. Comme il est animé de deux mouvements, on peut attribuer la systole à la nature, et la diastole à l'âme, ou dire que, ces mouvements étant contraires, l’âme seule peut les produire, les effets de la nature étant uns. — D'ailleurs, quoique l’argument du pouls ne lui plaise pas, Riolan adopte la conclusion de Fernel sur la distinction des trois facultés (v. Riol., Comment., p. 69).

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