SUBTILITÉS DES COMMENTATEURS
lectuel, peut se concilier avec l'existence de facultés indépendantes, et diversement localisées. Car enfin, quelle que fût l'autorité d’Aristote, 1l était impossible de fermer les veux devant les découvertes de ses successeurs, et de soutenir à la lettre des opinions dont Galien et tant d’autres avaient démontré l’inexactitude. Comment continuer à déclarer que le cœur est le principe de la sensation et de la pensée, alors que l’origine des nerfs avait été expérimentalement découverte, et que l'importance du cerveau, inaperçue par Aristote, était devenue une vérité acquise à la science? Avicenne, à son ordinaire, avait essayé d'équivoquer. Au point de vue expérimental, médical, disait-1l, Aristote a peut-être tort. Mais il ne s’est pas placé à ce point de vue. IT était philosophe, non médecin ; sa méthode était le raisonnement, non l'observation ; il voulait expliquer la raison des phénomènes, non les décrire et les constater. Siles médecins n'ont pas tort, Aristote a raison aussi; et même, autant la connaissance rationnelle l'emporte sur le témoignage des sens, autant la doctrine du philosophe est supérieure à celle de Galien.
Fernel repousse avec énergie ces subtilités. S'il n'a pas craint de réfuter Aristote, on pense bien qu'il n’est pas disposé à ménager Avicenne. Illuiadresse deux reproches : d’abord l’outrecuidance avec laquelle il prétend mettre le raisonnement au-dessus de l'évidence sensible, puis la faiblesse des arguments qu'il apporte à l'appui de la théorie aristotélique. Malheureusement pour nous, la plus intéressante des deux questions est tranchée en deux lignes, et celle qui nous paraît à bon droit assez oiseuse est l’objet d'une interminable discussion. On aurait aimé à voir Fernel préciser sa méthode, nous dire quelle part, à son avis, doit revenir dans l'acquisition de la science à