‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 31 sur 345 · IL REFUSE DE RESTER À LA COUR · texte numérisé non relu

IL REFUSE DE RESTER À LA COUR

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magnifique acheva de le mettre en vue, et 1l n'aurait tenu qu'à lui d'occuper dès ce moment la place de premier médecin du dauphin. Mais Fernel n'avait rien d’un homme de cour : tout ce que nous savons de lui nous donne l’idée d'un travailleur acharné, passionné pour l'étude, aussi peu porté que possible à l'intrigue et à l'ambition. Il déclina les offres flatteuses que lui faisait la reconnaissance du dauphin, mais ne put échapper à ses Instances qu’en simulant une maladie qui exigeait impérieusement les soins de sa famille. Un chirurgien complaisant se prêta à ce petit mensonge, et certifia qu'il était atteint d’une pleurésie. Le dauphin lui permit enfin de quitter la cour tout en le comblant de compliments et en lui conservant la pension qu'il voulait lui faire.

Ce qu'il y a de piquant dans l’anecdote, c’est que Fernel réussit par un subterfuge à se dégager, alors qu'il avait donné sans succès la meilleure raison du monde à ses yeux. Il avait dit, avec une entière franchise, ce qu’il pensait de lui-même : il ne se Jugeait pas assez habile dans son art, et surtout pas assez expérimenté. Grande marque d'un esprit judicieux, qui ne se faisait pas d’illusions sur sa propre science. C'est que, à cette époque, l'instruction d'un étudiant nouvellement promu docteur consistait surtout à connaître parfaitement ce qu'avaient dit les anciens, à savoir argumenter en forme, à être capable de discuter pendant des heures contre tout venant, dans ces fameuses thèses quodhibétaires qui étaient le triomphe de l’école. « Chose vraiment incroyable, la plu- « part des élèves arrivaient au baccalauréat sans Jamais « avoir vu un seul malade. Alors seulement ils étaient

« rumque depulsor, quasi Hercules Alexicacus : quam ille opinionem de « se sustinuit, ut non tam sit creditus mulierem invita retinuisse, quam « jam profliglata salute ex inferorum faucibus revocasse, »

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