L'IMMORTALITÉ DE L'AME
ne m'engagerai pas après tant d’autres dans cette discussion. Il suffira d'en indiquer les points essentiels, afin de mieux voir quelle position Fernel a prise dans le débat, et jusqu’à quel point la solution qu'il propose est conforme à l'esprit général du péripatétisme.
Aristote, comme nous le savons déjà, définit l'âme par ses propriétés vitales. Elle est la forme du corps. Ce point de vue implique des conséquences, dont les unes ont été aperçues et formulées par Aristote lui-même, les autres déduites par les commentateurs, et qui amènent bien des obscurités et des contradictions. L'âme, étant la forme du corps, ne peut exister en dehors de lui: elle est même quelque chose de corporel (souxros dé 1) (De anima, 1. 2, ch. nr). De plus, tellé âme est nécessairement dans tel corps (xx àv T@ cœuart rouoûrw) (1hid.). Il s'ensuit que, si l'âme est l'acte du corps, et si telle âme est l'acte de tel corps, l'âme et le corps sont des corrélats indissolublement unis, qui n'existent que par leur rapport l’un avec l’autre. Il est donc impossible de comprendre l'existence indépendante de l'âme, considérée comme entéléchie, et sa survivance après la dissolution de l'organisme qu'elle animait. Séparée de lui. elle n'est plus rien, de même que la forme n’est rien de réel, en dehors de la matière !. Et non seulement cette conséquence s'impose pour les fonctions inférieures de l'âme, la nutrition et la sensation, mais encore pour l’intellect passif. L'opinion d'Aristote n'est pas douteuse sur ce point, et il l’a exprimée nettement : la pensée ne peut
|. « Demandons-nous encore s’il subsiste quelque chose après la dis- « solution de l’ensemble. Pour certains êtres, rien ne s’y oppose : l’âme, « par exemple, est dans ce cas, non pas l’âme tout entière, mais l’intel- « ligence, car, pour l’âme entière, cela est peut-être impossible » (Arist., Métaph., 1. 12, ch. 11, à la fin (Trad. Pierron et Zévort).