‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 338 sur 345 · COMMUNICATION DES SUBSTANCES · texte numérisé non relu

COMMUNICATION DES SUBSTANCES

Cette comparaison de l’âme avec un locataire qui donne congé lorsque son appartement ne lui convient plus soulève plus d’une difficulté. À force de vouloir opposer l'âme immatérielle à l'organisme corporel, Fernel les a si complètement séparés qu'il est très difficile de comprendre leurs rapports. En critiquant les philosophes qui, à la suite d’Aristote, professent la distinction absolue des deux intellects, 1l leur a reproché d'admettre que l'intellect actif est dans le corps « comme un pilote dans un vais- « seau ». Mais 1l fait exactement pour l'âme entière ce qu Aristote faisait pour une de ses parties. Elle n’est plus le principe du corps, elle n'en est que l'habitante, et, par suite, elle dépend de lui plus qu'il ne dépend d’elle. C’est là une conséquence à laquelle Fernel n'aurait pas volontiers souscrit, et pourtant, sa théorie y conduit. Elle est fondée sur la distinction qu'il prétend établir entre le séjour de l’âme et ses instruments. Ici apparaît dans toute son étendue l'influence néfaste de la théorie des facultés. Si Fernel n'a pas, autant que d’autres, réalisé des abstractions et raisonné sur des mots, 1l n’a pas su se défaire des complications et des subtilités dont la physiologie et la psychologie étaient encombrées à son époque. En assoclant toujours à chaque fait une faculté pour l'expliquer, il en est arrivé fatalement à prêter Je ne sais quelle mystérieuse existence à ces êtres de raison : la faculté, la fonction, la propriété, la force. Il à admis qu'entre le corps, agrégat matériel, et l'âme, principe immatériel, nulle communication directe n'est possible ; et comme, d'autre part, 1l lui était impossible de ne pas constater leur action mutuelle, 1l a eu recours, pour l'expliquer, à

Physiol., 1. 5, ch. xvir, à la fin : « Si parum commutabitur, functioni- « bus illa suis interpellabitur ; sin multum, tantam illam discrepantiam « perhorrescens, nec ferre potis, de corpore decedit. »

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