L'INTERMÉDIAIRE DES FACULTÉS
sur l'âme, elle est plus inconcevable encore, et Fernel s’est borné à la constater. L’explication qu'il en donne en comparant l'âme à un ouvrier privé de lumière n'est qu'une métaphore. Elle laisse entière la difficulté : d’une part l’âme immortelle et immatérielle ; de l’autre, le corps périssable et matériel; entre les deux, le lien illusoire et artificiel des facultés.
Si Fernel n’a pas résolu la question, est-il possible du moins d’entrevoir la solution qui résulterait implicitement de l’ensemble de sa doctrine? Il semble que sa façon de comprendre l’animisme, loin de simplifier les difficultés. en introduise au contraire de nouvelles. Il admet que l'intellect actif absorbe les principes inférieurs, et que ceux-ci deviennent ses facultés; que, outre ces fonctions adventices, l'intellect conserve celles qui résultent de sa nature propre. Il exerce donc directement les fonctions de la pensée et de la raison, indirectement celles de la vie végétative et de la sensibilité. Mais, ce que Fernel ne définit pas, c'est le mode d'existence de ces âmes inférieures, devenues des facultés de l'intelligence. L'âme végétative, l'âme sensitive, conçues comme causes des phénomènes vitaux chez la plante et chez l'animal, naissent et meurent en même temps qu'eux. Car ces principes, quelque nom qu'on leur donne, ne sont que supposés par l'induction. L'esprit ne les atteint pas directement. Synthèse abstraite des fonctions et des propriétés d'êtres matériels et périssables, ils sont matériels et périssables comme eux. Mais que deviennent-ils dans l'homme, chez qui la raison vient s'ajouter à eux? Îls sont, nous dit Fernel, absorbés par l'intelligence, qui se sert d'eux comme d’intermédiaires entre elle et le corps. Ce qu'on ne s'explique pas. c’est que l'intelligence puisse agir sur eux, puisque, en définitive, 1ls sont corporels.