‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 341 sur 345 · L'AME ET LE PRINCIPE VITAL · texte numérisé non relu

L'AME ET LE PRINCIPE VITAL

La communication entre l’âme immatérielle, l’intellect actif, et les principes des faits vitaux et sensitifs est aussi difficile à comprendre que celle de l'âme et du corps. Les intermédiaires supposés, qu'on les appelle forces, fonctions, facultés, chaleur, âmes inférieures ou autrement, ne font que compliquer la question. Il est difficile de sorür de ce dilemme : si l’on admet l'identité du principe vital et de l'âme immatérielle, la communication des substances est impossible à expliquer, et la question est d'autant moins résolue qu’on imagine des intermédiaires plus nombreux. Si l’on admet au contraire que le principe vital est distinct de l’âme, 1l faut admettre dans l’homme l'existence de deux principes, et même de trois : l’un qui régit la vie végétative, l’autre les opérations de la sensibilité, le troisième la vie intellectuelle. Mais alors, il y a trois âmes dans l’homme, et la doctrine de l’unité et de l’immortalité devient insoutenable !.

Fernel, de même qu'Aristote, n’a pas hésité à repousser cette dernière solution, qui était à ses yeux une abominable hérésie. Mais tandis qu’Aristote, en laissant subsister le dualisme de la duyn et du voÿüce, n'avait pas cherché à expliquer avec précision le mécanisme de leur influence réciproque, Fernel a voulu avant tout les ramener à l'unité. Ses convictions spiritualistes et chrétiennes

1. Cela est si vrai que Riolan ne s’y est pas trompé. Il a bien vu que Fernel n’a pas réussi à ramener à l'unité le dualisme de la pensée et de la vie, et, pour sa part, il déclare qu'il y a renoncé : « Vix adduci possum « ut credam eamdem esse mentis et animæ substantiam, quia sola mens « extrinsecus accedit, sola energiam habet separabilem, sola metaphy- « sica est... At, inquam, sola mens energiam habet separabilem, ergo « sola immortalis » (Riolan, De immortal. anim. disputatio, p. 74). — Aussi, laisse-t-il de côté le problème métaphysique, et se borne-t-il à démontrer l’immortalité de l'âme par la nécessité d'une sanction morale. C’est un point de vue inférieur à celui de Fernel, mais plus sûr.

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