NÉCESSITÉ DE LA PHILOSOPHIE POUR LA MÉDECINE
empiriques, les chimistes, les chercheurs de remèdes nouveaux, les adversaires de la « bonne, sainte et divine saignée ». Tous ces gens-là ont à leurs yeux le tort de marcher en dehors de la bonne route : ils essayent, 1ls expérimentent au lieu de raisonner. Ils peuvent bien çà et là soulager un malade, mais ce sont des guérisseurs de hasard, qui tuent plus de gens qu'ils n’en sauvent. On ne dit pas tout haut qu'il vaudrait mieux laisser mourir le malade suivant les règles que de le guérir en les violant, il n'est pas bien sûr qu'on ne le pense pas tout bas. Fernel n'a pas de ces exagérations ; il n'a rien d’un polémiste ; cest un espril crave et sérieux, à qui les violences de langage sont inconnues. Mais pour être exprimé avec moins de véhémence, son attachement à la théorie n’en est pas moins profond. En maint endroit de ses écrits !, il oppose le vrai médecin, qui agit arte ef methodo au guérisseur sans théorie, quitraite les malades empiricorum ritu. Et voyez avec quelle conviction il met ses lecteurs en garde contre la tentation d'aller trop vite, de passer trop tôt à la pratique, sans s’attarder à la théorie :
« La philosophie est la mère de tous les arts. Les « hommes qui, n'en ayant fait qu'une étude insuffisante, « entreprennent d'apprendre ou d'enseigner la médecine, « croient que l’on peut passer sans transition de l'anatomie « du corps humain à la description et au traitement des « maladies. Ils s’imaginent ainsi abréger et faciliter la « route; ils ne font au contraire que se plonger dans une « perpétuelle obscurité, se priver des lumières de la raison, « et épaissir autour d'eux les ténèbres. C’est que la raison «est le flambeau de l'intelligence ; ceux qui la dédaignent « ne peuvent n1 saisir les causes des choses, ni rechercher
1. Therapeut., 1. I, ch. r, ch. 1v. — De abditis rer. causis, eh. 19., etc., etc.