‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 50 sur 345 · LA PRÉFACE DE L' € UNIVERSA MEDICINA · texte numérisé non relu

LA PRÉFACE DE L' € UNIVERSA MEDICINA

Au xvure siècle, elle a trouvé son expression définitive ; toute cette époque vit sous le régime de lautorité. La Faculté de Paris s'est établie gardienne de la tradition, et, si elle couvre de sa toute puissante protection les livres qui y restent fidèles, elle épuise tous les moyens de coercition contre les novateurs qui voudraient sy soustraire. Il n’en était pas de même au xvi* siècle. Il n y avait pas encore en médecine de dogme officiel. C'est Fernel qui a été le créateur de ce dogme. Aussi, les médecins de l’âge suivant lui en ont-ils élé reconnaissants. Ils ne parlent de lui qu'avec enthousiasme. « Je tiendrais à plus « grande gloire d’être descendu de Fernel que d’être rot « d'Écosse ou parent de l’empereur de Constantinople », écrit Guy-Patin dans son style imagé, et à chaque instant le nom de Fernel revient sous sa plume avec celui de son commentateur, Riolan. Ce même Riolan, lorsqu'il voulut enseigner la médecine, ne crut pouvoir mieux faire que de prendre le livre de Fernel, et de le commenter. Il a été un véritable classique, et, si l’on veut connaître les dogmes philosophiques sur lesquels la médecine a vécu pendant deux siècles, c’est dans son œuvre qu'il faut les chercher.

Nul ne s’est fait de la médecine une plus haute idée que Fernel, et nul ne s'est soucié davantage de lui assigner sa véritable place parmi Îles connaissances humaines. Aussi a-t-il commencé son livre par une véritable classification des sciences lorsque, en 155%, il a donné de ses œuvres une édition d'ensemble, dans laquelle les divers traités qu'il avait publiés isolément se trouvaient pour la première fois réunis. L'ouvrage se présentait dès lors comme un corps complet de doctrine, et justfiait son titre de Universa Medicina. Fernel l’a fait précéder d'une préface magistrale, dans laquelle 1l expose ses idées sur

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les rapports de la médecine avec les autres sciences, sur sa définition, et sur les parties qu’elle comprend.

Les premiers hommes, dit-il en substance !, qui se prirent à réfléchir, à s'abstraire des nécessités et des Jouissances matérielles pour s'élever à la vie de l'esprit ne pou- vaient manquer d’être frappés par le merveilleux spectacle de l’ordre et de l'harmonie qui règnent dans l'univers. Les uns Ss'arrêétèrent aux COrps, aux phénomènes sensibles, à l’ordre physique, et en recherchèrent les causes ; d'autres s'attachèrent à ce qui ne tombe pas sous les sens, à ce que la raison nous fait concevoir de divin, de constant et d'immuable : d'autres enfin firent plus attenon aux rapports numériques des choses. De cette triple tendance sont nées trois sciences primordiales, la philosophie naturelle, la théologie, les mathématiques. Ce sont des sciences essentiellement spéculatives : elles ne servent n1 aux besoins, ni aux plaisirs de la vie: elles sont la connaissance pure, dans ce qu'elle à de plus élevé et de plus désintéressé. La philosophie naturelle étudie les lois du monde: la théologie, Dieu et les êtres divins : les mathématiques liennent le milieu entre les deux et participent de l'une et de l’autre ; elles sont mmuables et éternelles quant à leurs principes, matérielles et sensibles quant à leurs applications.

Moins élevées, moins philosophiques, mais importantes encore sont les sciences pratiques ?, qui ont pour objet

1. J. Fern., 1n Medicinam Prefdtio, D. 1'et 2, 2. Le terme de sciences pratiques ne doit pas nous faire illusion sur la pensée de Fernel. Il prend le mot Fparttr dans son sens étymologique. Il n'entend pas par là ce que nous appellerions les sciences appliquées ou industrielles, mais les sciences qui ne sont pas purement théoriques, qui peuvent conduire à des applications. Aussi les appellet-il, en raison de ce double caractère : « disciplinas prudentia omnes et «arte comprehensas », Præf., p. 2. La limite qui les sépare des arts infé-

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