PLACE DE LA MÉDECINE
des sept arts libéraux en frivium et quadrivium. Celle de Fernel dut être pour ses contemporains une véritable révélation. Mais, tandis qu'Aristote, surtout philosophe, se propose de donner un inventaire méthodique des connaissances humaines d’après la nature de leurs objets, Fernel, médecin et philosophe à la fois, se préoccupe de déterminer le rang de la médecine dans la hiérarchie des sciences et ses droits à l'occuper. On peut s'attendre a priori que ce rang ne sera pas l’un des derniers: mais rien n'est plus intéressant que de voir avec quelle adresse Fernel, qui l'avait d'abord modestement mise entre la rhétorique et l'agriculture, la tire de cette place obscure pour l’élever à la première de toutes.
I commence par établir qu'il y a entre la philosophie et l'art une différence essentielle. La philosophie étudie les choses d’une manière abstraite, sans y rien changer ; l’art au contraire modifie la matière qui lui est donnée : il y introduit une organisation, un ordre qui ne se produiraient pas sans son intervention; cet ordre est tantôt durable, comme dans l'architecture, tantôt passager, comme dans la musique. La philosophie et les arts sont distincts quant à leur méthode et quant à leurs objets. Au plus haut degré de la hiérarchie, $e trouve la philosophie {quæ mater omnium bonarum est artium) au plus bas, les arts mécaniques ou d'agrément. Entre ces deux termes extrêmes s’échelonne toute la série des sciences, classées sous le double rapport de leur utilité pratique et de leur dignité théorique.
À ce double point de vue, aucune ne l'emporte sur la médecine. Fernel en parle avec l'enthousiasme d’un adepte . « Si l’on considère l'utilité, l'importance et les « ressources de tous les arts, il n’en est pas de meilleur, « de plus désirable, de plus précieux pour le genre