‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 61 sur 345 · L'INDÉPENDANCE DE FERNEL · texte numérisé non relu

L'INDÉPENDANCE DE FERNEL

Le passage est essentiel. Il suffit à nous apprendre deux choses : l’une, que le point de départ de l’auteur a été la lecture tonte des philosophes et des médecins antiques, et l'examen critique de leurs opinions, aussi bien en matière de science pure qu'en fait de traitement des maladies. La seconde, qu'il a voulu associer dans sa méthode l'emploi de l'expérience à celui du raisonnement.

Sur le premier point, si l’on s'en tenait aux affirmalions maintes fois réitérées de Fernel, on verrait en lui un esprit indépendant et avancé, qui n'a étudié les anciens qu'avec l'intention de les dépasser. Des historiens de la médecine ont vu en lui un réformateur !, et luimême a fait tous ses efforts pour accréditer cette opinion. Nul n’a protesté plus énergiquement contre l'asservissement de quelques-uns de ses contemporains aux idées antiques, nul n’a mieux revendiqué les droits du penseur moderne à l'originalité, nul n’a parlé avec plus d’enthousiasme du progrès. Il semblerait, à le lire, que, dans

1. Sprengel, par exemple, écrit : «Jean Fernel appliqua la méthode « de Ramus à la médecine, et se rendit par là digne du nom de réfor- « mateur... De même que Ramus, il secoua le joug des préjugés, « adopta les idées qui lui paraissaient bonnes, et rejeta celles qui lui « semblaient fausses, qu’elles eussent été émises par Galien, par « Aristote et par Hippocrate. C’est de cette manière qu'il parvint à « introduire un ordre inconnu depuis longtemps, et à rétablir la liberté « de penser qui avait tant souffert du despotisme des scolastiques » (Sprengel, Hist. de la méd. Traduct. fr. de Jourdan. t IT, p.23.)

L'influence de Ramus sur Fernel me paraît extrêmement eontestable. Le rapprochement des dates est instructif. Le premier ouvrage de Ramus, Animadversiones in dialecticam Aristotelis est de 1543. À cette époque, Fernel avait quarante-six ans, et avait publié presque tous ses ouvrages. L’Advertissement au Roy sur la réformation de l'Université est de 1562. Fernel était mort depuis quatre ans. Du reste, Fernel ne prononce nulle part le nom de Ramus, et il n’y a nulle analogie entre les deux esprits.

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