LE CRITERIUM DE FERNEL : EXPÉRIENCE ET RAISON
juger les anciens, choisir entre leurs opinions, s’aider de leurs découvertes pour les dépasser. Mais sur quel principe croit-1l pouvoir s'appuyer pour opérer entre les théories antiques un choix motivé? Sur l'expérience et la raison, nous dit-il. Rien de mieux, en apparence. Le malheur est que l'expérience de Fernel est à peu près nulle, si l’on donne à ce mot son vrai sens, celui de connaissance positive, fondée sur une observation exacte des faits. Son instruction, comme celle de tous ses contemporans, est surtout théorique, surtout livresque. Il ne sait guère que ce que les anciens lui ont appris, et c’est au nom de cette science qu'il leur doit qu'il se croit en droit de les juger. Son programme est fort beau, mais la vie d’un homme ne suflirait pas à le réaliser : s’instruire soi-même par l'expérience, et, une fois son opinion faite et son Jugement formé, lire les anciens et les apprécier. Fernel n'a jamais rempli que la seconde partie de ce programme. Son œuvre se réduirait à peu de chose si l'on en supprimait tout ce qu'il doit aux anciens, pour n'y laisser subsister que ses observations personnelles.
Quant au second critérium qu'il prétend appliquer, la raison, ou plutôt le raisonnement, il est tout aussi IMpuissant que le premier. L’argumentation théorique, appliquée à une science de faits, à la psychologie aussi bien qu'à la physiologie, ne peut qu’en fausser le caractère et les résultats. Aussi, toutes les objections qu'on a adressées à l’éclectisme portent contre la médecine de Fernel. Très rarement 1l a émis des opinions qui lui fussent propres ; presque toujours 1l a choisi entre celles des philosophes ou des médecins antiques ; mais ce choix est fondé sur des préférences personnelles, ou sur des raisons qui n'ont rien de général. Lorsqu'il parle de son indépen-