RESPECT SUPERSTITIEUX DE L'ANTIQUITÉ
lorsqu'il s’agit de faits, l'étude des livres n’est que secondaire ; l'étude directe de la nature doit passer en première ligne. « Celui, dit-il, qui lira ce traité, devra, avant de « se prononcer pour ou contre mes assertions, les véri- « fier de ses propres yeux. Car la vue des objets sup- « pléera à l'insuffisance des descriptions !. » Le conseil ne fut pas suivi, et l'on peut dire que l'anatomie et la physiologie, au commencement du xvi® siècle, se retrouvent au même point où Galien les avait laissées. Et même, il semble qu'un recul se soit produit. Galien n’est plus connu que par des traductions inexactes, par des gloses ou des commentaires. D'autre part, l’idée même du progrès scientifique a été faussée. On admet que, pour la science comme pour la poésie, l'idéal est dans l’imitation de l'antiquité. Fernel, comme les autres, malgré l'apologie qu'il fait de son siècle, malgré sa profession de foi progressiste, ne voit d'autre méthode à suivre en philosophie et en médecine que d'aller chercher dans les ouvrages antiques les fondements sur lesquels s'édifiera la science moderne. L'érudition devient ainsi la condition première de tout progrès, el la plus nécessaire des qualités. L'on ne voit pas que revenir ainsi en arrière, sous prétexte de tradition, c'est condamner la pensée à s’agiter vainement dans un cercle sans issue, et que s'attacher aveuglément à la lettre des savants grecs, c’est être infidèle à leur esprit.
Car ces idées de tradition, d'autorité, en matière de connaissance, ne sont pas des idées antiques. L'esprit grec est empreint surtout d'indépendance et de libre Inltiative. Aucun disciple ne se croit tenu envers le maître à une superstitieuse fidélité. Nul ne se fait scrupule de