STÉRILITÉ SCIENTIFIQUE APRÈS GALIEN
contrôler et de discuter ses opinions, de le contredire, de se séparer de lui au besoin. Ainsi agit Platon à l’égard des anciens systèmes, Aristote à l'égard de Platon, et surtout Galien à l'égard d'Hippocrate, d’Aristote et des anatomistes alexandrins. Les Grecs avaient bien compris que la science n'est jamais achevée, qu'elle ne se fait que peu à peu, par l'apport successif des générations, et aucun d'entre eux n’eût songé à revendiquer pour ses propres idées un respect exclusif qu'il n'avait pas pour celles d'autrui. Après eux, tout est changé. On les croit en tout sur parole, et l’on se réclame de Galien comme d’un infaillible oracle. Le corps de sa doctrine, mélangé, comme toute œuvre humaine, de vérités et d'erreurs, est adopté pendant des siècles comme l'évangile définitif dont le savant orthodoxe ne devra s’écarter à aucun prix. Aussi, non seulement la science reste stationnaire, mais encore la conception que l’on s'en fait empêche tout progrès, en reléguant parmi les aventuriers et les irrégulers ceux qui seraient tentés de chercher par eux-mêmes. La défaveur et le décri s’attachent à eux, heureux lorsque les persécutions, la prison et le bûcher ne viennent pas étoulfer leurs voix. Si Servet, Césalpin, Harvey avaient vécu du temps de Galien ou immédiatement après Jui, la cireulation du sang aurait été trouvée par un progrès naturel : elle était préparée par ses admirables découvertes, et, dit M. Richet! « avec deux ou trois expé- « rlences mieux faites, Galien aurait peut-être découvert « la circulation. En tout cas, c’est celui qui, avant Ser- « vet, s'est le plus approché de la vérité? ». Deux ou