L'AUTORITÉ AUX XVI® ET XVIIÉ SIÈCLES
représentants attitrés de la science orthodoxe, archiatres en renom, médecins des rois ou des princes, doyens ou docteurs-régents de la Faculté de Paris, ils se contentent d'exposer, dans leur enseignement et dans leurs livres, les théories de Galien, revues et altérées par les Arabes. ÎIls n y retranchent rien, n’y modifient rien, et surtout se gardent d'y rien ajouter. Leurs leçons consistent dans la lecture et l’explication d’un texte. Même dans les cas, très peu fréquents, où l’anatomie est enseignée sur le cadavre, le professeur n'y touche pas : sous sa directon, les aides ouvrent les trois grandes cavités du corps, et le maître fait constater à ses auditeurs la parfaite concordance de la nature et du livre, qui est toujours un abrégé de Galien !.
Plus tard, au xvn® siècle, c'est sous l'autorité d'Hippocrate que se placeront les livres de médecine ; c'est en son nom quon autorisera l'impression; mais comme le remarque M. Raynaud, « c’est un Hippocrate commenté, « amplifié, interprété, et 1l faut le dire, quelque peu « gèné dans le cadre scolastique où il Lui à fallu con- « traimdre ses libres allures ? ». On a placé sous sa protection une doctrine à laquelle il a peu contribué, et à laquelle des savants de toute époque et de tout pays ont
« nécessaire de séparer son étude de celle de la matière morte, et que « tout ce qui sent et vit est soumis à d’autres lois que celles qui « régissent les corps inanimés. Arnaud de Villeneuve, Raymond Lulle, « Isaac le Hollandais, Paracelse, étaient sur la route de la médecine « hippocratique. (Cabanis, Révol. el réf. de la méd., p. 135.)
1. Ce livre fut pendant longtemps celui de Mondini de Bologne, qui en 1315 fit le premier une leçon publique sur deux cadavres de femmes. Mais pas plus que les autres il n'a disséqué. I se bornait à ouvrir la poitrine, l'abdomen et la tête. (V. Daremberg, op. cit., t. I, p. 330.) On aura une idée de ce qu'était une leçon d'anatomie au xvi* siècle en lisant le chapitre de Fernel intitulé : Consectionis ratio (Physiol., 1. 4, ch. xv).