LA MÉDECINE ET LA PHILOSOPHIE
confusion des méthodes, c'est l'idée, arrêtée chez Fernel comme chez tous ses contemporains, que la médecine est subordonnée à la philosophie. Les applications pratiques de la science médicale n’ont de valeur à ses yeux que si elles sont fondées sur des principes métaphysiques. Ces principes ont été, d’après lui, établis analytiquement ; et il croit de bonne foi suivre la vraie méthode et partir des objets sensibles pour arriver aux idées abstraites. Mais le coup d’œil le plus superficiel jeté sur son livre suffit à prouver qu'il se fait de la méthode analytique une idée tout à fait inexacte. « Je commencerai, dit-1l, par le corps « humain, qui est la matière de l’art, et qui s'offre le « premier aux sens; de là je m'élèverai peu à peu aux « idées abstraites, qui sont du domaine de la pensée « pure !. » Admirable méthode, si Fernel l'avait suivie. Mais il n'en est rien. Le passage du sensible à l’intellisible, légitime chez Aristote, est, chez Fernel, absolument injustfié. Le premier livre de sa Physiologie est consacré à une description anatomique du corps humain; mais entre ce livre et celui qui suit immédiatement, 1l n'y a aucune progression méthodique. On abandonne brusquement les faits positifs pour aborder les abstractions, les généralités, sans que nul lien logique rattache les deux parties. À partir du second livre, Fernel n’emploie plus que la méthode déductive, et cela sans que les principes et les définitions sur lesquels elle s'appuie aient été établis par l'observation et l'expérience. Il semble admettre que, les anciens philosophes s'étant chargés de ce travail préliminaire, 1lserait inutile de le refaire aprèseux. Mais alors, que
« quæ sponte suapteque natura prodiit in lucem effectionem quamdam « et facultatem inserat, quæ sine hominum aut mente aut manu per se « ipsa non accederet » (J. Fern., Physiol., Præfatio, p. 3).
15) Fern, Physrol. 11: eh"