‹ Un médecin philosophe au XVIe siècleChapitre 88 sur 345 · CONFUSION DES MÉTHODES · texte numérisé non relu

CONFUSION DES MÉTHODES

tendances qui se combattent en lui et qui donnent à son œuvre un Caractère réellement original. Lorsqu'il parle en médecin, il est préoccupé d'expliquer les faits en même temps qu'il les constate, et de remonter à leurs causes premières. Lorsque le sujet qu'il traite est de nature plus abstraite, 1l ne reste Jamais dans les généralités et n'oublie pas les applications. Sa médecine est un essai d’explication philosophique, et sa psychologie un essai de localisation des facultés de l’âme. Les savants contemporains peuvent répudier chez un médecin cette tendance antiposiuviste, qui cherche partout le pourquot et la cause, au lieu de se contenter du comment et de la loi. Les psychologues modernes, qui veulent démontrer la concomitance des états nerveux et des actions psychiques, doivent reconnaître dans Fernel un de leurs devanciers, convaincu comme eux de la relation étroite qui unit le corps et l'âme, et désireux comme eux d'expliquer l’un par l’autre. Mais les psycho-physiologistes de nos jours bornent leur ambition à établir entre des faits scientifiquement observés des relations constantes, s’interdisent toute spéculation transcendante, et font de la méthode expérimentale l'emploi le plus rigoureux. Fernel, au contraire, ignore cette méthode, ou à peu près ; en tout cas, il n’en fait pas usage !. Il croit que les fonctions de la vie sont

1. Ce n'est pas que Fernel ne parle souvent de l'expérience, qu'il prétend employer concurremment avec la raison. Mais il donne à ce mot un sens tout à fait particulier. L'expérience, pour lui, c’est la constatation de faits qu'on ne peut nier, mais qu'on ne peut pas expliquer non plus. Les causes occultes, par exemple, les propriétés des médicaments « totius « substantiæ » (ce que nous appellerions des spécifiques) sont à ses yeux des faits d'expérience, parce que l’on ne peut ni les contester, ni rendre raison de leur mode d'action. Aussi, l'expérience est-elle la plupart du temps fortuite, accidentelle : « Hæe igitur rerum notio, quæ ex crebra « eventuum observatione habetur, proprie dicitur experientia : ut alia

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