ABUS DE LA DÉDUCTION
pas, qu'on les admet comme évidents sur l’autorité des” anciens, il s'ensuit que, s'ils sont inexacts, toute la série des conséquences qu'on en tire se trouve radicalement faussée. Et que valent ces axiomes prétendus ? Le moins qu'on puisse dire, cest qu'ils n'ont par eux-mêmes aucune évidence. L'imagination des philosophes s’est donné libre carrière pour les inventer, et en a trouvé de toutes sortes. Le problème à résoudre consistait à expliquer la vie organique et mentale en ramenant la multiplicité de ses manifestations à un petit nombre de principes, et même, s’il était possible, à un principe unique. Fernel, et tous ceux qui, avant lui ou après lui, ont suivi la même méthode, ont procédé comme s'il s'agissait d'une question de mathématiques. Ils ont supposé le problème résolu, et ont cru qu'il l'était en effet. Et, comme l'imagination seule faisait les frais de la découverte, les principes n’ont pas fait défaut. Les atomes, les éléments, le mouvement universel, l’âme, l’archée, le principe vital, les humeurs, les solides, les esprits, l'irritabilité, d’autres abstractions encore ont servi de point de départ.
Ce qui prouve l’inanité de ces soi-disant explications, c'est qu’elles sont, en soi, aussi vraisemblables les unes d'en adopter
que les autres. Rien ne permet, à priori, une de préférence. Il arrive cette conséquence assurément inattendue, que ces doctrines abstraites fondées sans le secours de l'expérience, n’ont eu de valeur que dans la mesure où elles étaient confirmées par l’expérience. Tant qu'on s’est borné à opposer une théorie à une autre théorie, et que l'invention d’une théorie nouvelle a été la suprême ambition des physiologistes psychologues, la science est demeurée stationnaire, au milieu de la stérile bataille des arguments. Pendant des siècles,